Lueurs du réveillon.
L’année 2011 a été riche en musiques, malgré la pluie de sauterelles qui s’est abattue sur la culture. Pas un mois sans une pétition pour sauver un lieu, une association, une action… Il y a de moins en moins de gens pour faire de plus en plus de choses. Alors tout le monde s’y met. Des artistes aux administrateurs en passant par les journalistes, tous plus ou moins payés. La résistance passe par de petites actions, parfois invisibles. À sa modeste échelle, ce blog, comme tant d’autres (voir les liens ci-contre), essaye de faire connaître les musiques qu’il juge dignes d’intérêt. Et il y en a tellement ! Cette petite sélection est loin de faire le point sur l’année qui vient de s’écouler. Elle veut juste rappeler à la mémoire de ses lecteurs qu’il y a beaucoup de résistants.
En 2011, on a aimé les ambiances répétitives, un peu psyché, souvent planantes, toujours voyageuses.

- En Europe de l’Est avec Yom And The Wonder Rabbis et ses vœux d’amour : With Love (Buda Musique). Grand succès pour le clarinettistes klezmer Yom qui a cette année retourné sa veste : en lieu et place des standards klezmer, voici de l’électro rock improvisé. Avec Manuel Peskine aux claviers, Sylvain Daniel à la basse et Emiliano Turi à la batterie, il se balade dans des paysages désertiques et rêveurs et escalade des collines en forme de fabuleuses montées en puissance, le tout habité par un espoir triste, mais un espoir tout de même.

- En Turquie avec le Night Rider de Ilhan Erşahin‘s Istanbul Sessions (Nublu). Du groove, du groove et encore du groove. Toute la nuit. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la musique. Le bassiste Alp Ersönmez, le percussionniste Izzet Kizil et le batteur Turgut Alp Beyoğlu accompagnent le saxophoniste Ilhan Erşahin dans les boucles entêtantes des rues d’Istanbul, la ville qui ne dort jamais.

- Au Mali avec Kouyaté-Neerman : Skyscrapers And Deities (No Format) — Élu Citizen Jazz. Rencontre choc entre le vibraphone (David Neerman) et son cousin malien le balafon (Lansiné Kouyaté), rythmés par Antoine Simoni à la contrebasse et David Aknin à la batterie. De la relecture magistrale du “Requiem pour un con” de Gainsbourg aux matchs d’improvisation des percussions, ce parcours entre les gratte-ciels et les dieux, la modernité et la tradition, l’électrique et l’acoustique, est formidablement réussi.
En 2011, on a trouvé que Jeanne Added avait fini de prendre son envol.

- L’EP que Jeanne Added a sorti sur le label Carton a confirmé que la chanteuse et bassiste avait trouvé son chemin musical. Accompagnée par Maxime Delpierre et aux claviers à la guitare et Thomas de Pourquery à la voix, elle compose une musique sur un poème de Robert Walser, reprend Prince et ajoute un tube sur la pile mondiale des chansons d’amour avec “I carry your heart” (également présent sur Yes Is A Pleasant Country, en trio avec piano et saxophone). Une forme qui peut paraître aride (voix, basse), mais dont toute la beauté réside précisément dans la simplicité et la nudité.
En 2011, le label Emouvance a sorti son cd de l’année : merveilleux, comme d’habitude.

- Le trio Amarco : Vincent Courtois (violoncelle), Guillaume Roy (alto), Claude Tchamitchian (contrebasse), n’a pas fini de nous balader dans les souffles de l’improvisation. Trio de cordes, de chambre, de prouesses. Trio d’archets tantôt lyrique tantôt colérique. Ou l’art de l’écoute, de l’échange et de l’instant porté au sommet. Si elle prend toute son ampleur en concert, cette musique a été remarquablement bien captée sur cet enregistrement.
En 2011, on a pris une baffe ronde sortie en 2010.

- Jean Louis (chronique sur Citizen Jazz ) : Aymeric Avice (tp, effects), Joachim Florent (cb, effects), Francesco Pastacaldi (dr, effects), a décidé d’écrire en Morse son dernier message à la terre. C’est la fin du monde. Dépêchez-vous de rêver, d’imaginer, d’inventer votre musique – livre – théâtre – poème – dessin – sculpture – maison – association – action – journal – poterie – parterre – signal – fusée – éclairage – visage – cœur – enfant -