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Posts Tagged ‘Sam Shepard’

« Si on écrivait une pièce de théâtre ? a-t-il dit.
— Je n’y connais rien, à l’écriture théâtrale.
— C’est facile. Je commence. »
Il a décrit ma chambre sur la 23e Rue : les plaques d’immatriculation, les disques d’Hank Williams, l’agneau à bascule, le matelas par terre, puis a introduit son propre personnage, Slim Shadow.
Après quoi il a poussé la machine vers moi.
« À toi de jouer, Patti Lee. »
J’ai décidé d’appeler mon personnage Cavale. J’empruntais le nom à une écrivaine franco-algérienne, Albertine Sarrazin, qui, orpheline très jeune à l’instar de Genet, passait comme lui en un tour de main de la littérature au crime. […]
Sam [Shepard] avait raison. L’écriture de la pièce n’a pas été compliquée du tout. Nous nous racontions tout simplement des histoires. Les personnages, c’était nous, et nous avons encodé notre amour, notre imagination et nos imprudences dans Cowboy Mouth. Peut-être s’agissait-il moins d’une pièce que d’un rituel. […]
Dans l’histoire, la criminelle, c’est Cavale. Elle kidnappe Slim et le terre dans sa tanière. Les deux personnages s’aiment de se bagarrent. Ils créent un langage qui n’appartient qu’à eux, improvisent de la poésie. Au moment d’improviser une dispute en langage poétique, j’ai flanché.
« Je ne peux pas faire ça, j’ai dit. Je ne sais pas quoi dire.
— Dis n’importe quoi, a-t-il répliqué. Tu ne peux pas te planter quand tu improvises.
— Et si je fiche tout en l’air ? Si je bousille le rythme ?
— C’est impossible. C’est comme les percussions. Si tu rates une pulsation, tu crées un nouveau rythme. »
Avec cet échange simple, Sam m’a révélé le secret de l’improvisation, secret auquel j’ai eu recours toute ma vie.

Patti Smith, Just Kids, Denoël, 2010, pp. 257-259.

Une autre citation ici.

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