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Si vous connaissez déjà le compositeur américain Moondog (1916-1999), vous aurez plaisir à redécouvrir ses thèmes dans la bouche d’un chœur d’enfants. Si vous ne connaissez pas Louis Thomas Hardin de son vrai nom, qui avait l’habitude de se déguiser en viking et vivait comme un semi-clochard, voici un aperçu de son style et de ses compositions, revisitées par les musiciens d’Alphabet de Sylvain Rifflet : Philippe Giordani à la guitare, Joce Mienniel à la flûte et à l’électronique, Benjamin Flament au vibraphone et aux percussions + Jon Irabagon au saxophone et Eve Risser au piano. C’était à Bobigny dans le cadre du festival Banlieues bleues, le 12 avril 2012. Filmé par Jean-Jacques Birgé.

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« Notre genèse éternelle ne fait que commencer »

Il faut que je vous dise. Nous (Fantazio, Elise Caron, Peter Corser, Ulash Osdemir, Sam Karpiena, Pascal Contet, Marlène Rostaing, Ba’ha (le libanais), Elise Dabrowski, Edward et moi au violon) venons de vivre la plus belle et folle de nuit de communion musicale qui nous ait été devivre, en « after » du programme officiel, dans un des cabarets musicaux les plus branchés de la ville (le Métro Al Madina, une sorte d’Olympic café en plus confortable, avec une scène plus haute et plus grande, des tables et des fauteuils rouge côté public). Nous avons joué non-stop de 23h à 3h du matin, avec 11 des 13 artistes du festival (dont un chanteur/luthiste d’Istanbul, et un percussionniste libanais), après quoi nous avons continué au bar à chanter et danser a capella avec les spectateurs jusqu’à l’aube. Au salut, les gens criaient et clamaient comme des « supporters », tapaient sur les tables, tout le monde se prenait et se serrait dans les bras dans les loges, quand ce n’était pas sur scène, après des solos, duos et impros de folie traversant tous les genres musicaux possibles et imaginables, « rock-reggae-flamenco-latino-italo-otientalo-sino-lyrico-électrico-chââbi », Edward Perraud notre batteur était – et nous mettait – littéralement en transe !

Une orgie pan-musicale, un son gargantuesque et pantagruélique en cordes-cuivres-peaux et déguisements loufoques prêtés par la troupe locale de revue égyptienne, une parade « d’amours dionysiaques et de libertés apolliniennes » – dixit la journaliste – d’une joie indescriptible. Le type chargé de la sécurité informatique à l’ambassade de France, un gros balèze au cœur tendre, m’a dit qu’il était tellement heureux qu’il a pleuré de joie pendant une improvisation, et que ça ne lui était jamais arrivé pendant un concert (je n’oserais croire que c’était sur une impro de violon électrique au cours de laquelle le public s’est mis d’un coup à hurler en pleine accélération, mais c’était ça !). Après le concert, c’était fou, on a continué à jouer et danser dans le hall, les gens nous haranguaient pour nous remercier et nous payaient des coups, quand bien même nous leur disions que le bar était gratuit pour les musiciens ! Quand quelqu’un s’en allait, on formait un chœur, on mimait des adieux d’opéra dans toutes les langues, c’était dingue, dingue, dingue. J’en ai moi-même pleuré d’émotion ce dimanche matin en me levant, au son entremêlé des cloches des quartiers chrétiens, du chant des muezzins et des chœurs maronites crachés dans les haut-parleurs, comme ça a déjà pu m’arriver une fois ou deux après les soirées les plus marquantes du festival, quand le public et les artistes quittent les Bouffes dans un état second et continuent à squatter le parvis sans plus arriver à se quitter.

Cette ville est folle, vraiment folle, rien de semblable ce que j’avais vécu jusqu’ici (même si ça rappelle Naples sous certains aspects, sauf que le volcan qui plane au-dessus des têtes est d’une toute autre nature…). J’ai surtout compris – comme tous ceux qui passent un peu de temps ici – que je n’avais rien compris aux questions politiques et culturelles du Proche-Orient (mais comme dit un dicton local, « si tu comprends le Liban, c’est qu’on te l’a mal expliqué ! »). Les gens sont sur le qui-vive depuis qu’un village a été bombardé, le premier ministre a démissionné avant-hier, un acte salué par des tirs de mitraillette et des feux d’artifice dans certains quartiers… Rien de « grave » pour l’instant, la vie suit son cours, mais les gens ont vraiment peur de ce qui va se passer dans les prochaines semaines et les prochains mois, la ville retient son souffle tout en continuant à faire la fête et à se reconstruire, les vieux immeubles qui subsistent ça et là étant encore criblés des tirs de mitraillettes et de mortiers datant de la guerre civile. Les gens déplorent que les occidentaux ne soient pas intervenus plus tôt en Syrie, car l’opposition (au départ démocrate) est peu à peu devenu un micmac de milices plus ou moins extrémistes qui récupèrent les armes envoyées pour soutenir les rebelles, alors tout le monde redoute la chute de Bachar El Assad (surnommé « le fils du boucher », car son père était au moins aussi sanguinaire que lui).

Et ce n’est qu’un paradoxe parmi d’autres… car, s’il fallait résumer cette ville en mot, ce serait SCHIZOPHRÈNE (conservatisme/modernisme, pauvreté omniprésente/richesses ostentatoires, liberté/autocensure, anarchie et chaos absolus dehors/élégance et raffinement total à l’intérieur, subversion/manipulation, résistance artistique et intellectuelle/dérapages identitaires et religieux). Un sentiment admirablement résumé par mon chauffeur libanais, un mec adorable d’une cinquantaine d’année : « Avant et même pendant la guerre civile, c’était la fête, la liberté, l’espérance, et on était armés pour défendre notre quartier nous-mêmes contre les milices syriennes, maintenant tout est corrompu et manipulé par les intérêts russes, arabes ou occidentaux, l’Etat est en lambeaux, alors ce qu’il nous manque, c’est une vraie et bonne dictature pour remettre tout le monde à sa place à coups de bâtons dans le cul ! » ici le Hezbollah est populaire, même auprès des chrétiens, car c’est le seul parti à ne pas être entièrement corrompu par les investisseurs locaux et surtout étrangers, et à se concentrer sur les questions sociales, l’Etat étant inexistant, et l’armée, un spectre qu’on voit errer un peu partout dans la ville, à l’abri d’une guérite ou d’un tank faisant partie du mobilier urbain. Bref, les bons et les gentils, le bien, le mal, se résument difficilement au clichés de notre journal de 20h, quand bien même on en parlerait encore après 25mn de baratin sur les dernières chutes de neige !

Pour nous, Beyrouth restera aussi ce lieu de fête invraisemblable, où nous chavirâmes dans un bar à chicha à l’air libre au pied d’une autoroute, où les femmes (sublimes, soit dit en passant) et hommes de tous âges grimpaient sur les tables au son des morceaux de Oum Khalsoum ou de Lili Boniche, joués frénétiquement par de magnifiques musiciens locaux, nous entraînant à danser au milieu des odeurs de grillades jusqu’à des heures indues (ça m’a fait remonter les souvenirs enfouis des fêtes de villages grecs de mon enfance) ! Le Paris d’aujourd’hui va me sembler triste et artificiel à mon retour, alors que Beyrouth est la capitale la plus affreuse qu’il m’ait été donné de voir… quand je pense que la Goutte d’Or recelait de lieux et de cabarets comme celui là il n’y a pas encore si longtemps que ça, avant que la télé, la spéculation et le formatage économique et culturel ne foutent tout ça en l’air. Heureusement que nos fabuleux cheptels de doux-dingues, acrobattants, voltigistes et troubadours des temps modernes résistent encore, mais une chose et sûre, pour moi (je le voyais venir depuis quelques temps) : plus rien ne pourra être tout à fait comme avant, après cette nuit que nous venons de vivre, voyage de tous les voyages, départ sans fin, point d’orgue inespéré de nos douze années de métissage musical, de rencontres et de confrontations entre les lieux les plus éloignés, connus ou insoupçonnés de nos mémoires, de nos atlas intérieurs, de nos racines et de nos c(h)œurs. Je redécouvre ce que la musique est capable de produire sur nous, effet vocable et irrévocable… alors que j’ai longtemps continué à penser et à croire que seuls le théâtre et ses dérivés poétiques et dramaturgiques pouvaient agir sur la conscience sociale de l’homme… mais le mystère ne fait que s’enrichir (mais, « jusqu’où ça commence la musique ? » [Bernard Lubat]), et l’homme, encore et toujours, aspire, espère et s’inspire à devenir humain. Ce que nous sentons quand, « dans le souffle rythmique et l’organique de l’improvisation (la vie quoi !), surgit la voix de l’Autre. »

Je n’ai presque pas dormi depuis que je suis arrivé ici, mon cœur battait trop fort et mes oreilles sifflaient de 10000 roucoulements venant d’Achrafieh, de Gemmayzeh et d’Hamra, quartiers peuplés et dévastés par les 20000 ersatz du monothéisme, chrétien, maronite, sioniste, alaouite, chiite, sunnite, et j’en passe. Mais nous sommes 11 à avoir vécu ce moment dont nous nous reparlons pendant longtemps, nuit polymorphe et insatiable, hydre à 1000 têtes, chantant que notre « genèse éternelle » ne fait que commencer.

Blaise Merlin (24.03.2013) — directeur du festival La Voix est libre aux Bouffes du Nord du 28 au 30 mai 2013

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Au programme: Didier Petit et son violoncelle « dans tous ses états », Stephan Oliva et le piano fait suspense, Didier Lasserre sculptant le silence à coups de caisse claire et cymbale. Voici pour la chute. Le festival nous aura conduit entre temps au 106 où rendez-vous est pris avec deux légendes de la Great Black Music. Famoudou Don Moye (l’homme-percussions du mythique Art Ensemble of Chicago) et Sonny Simmons (saxophoniste alto, compagnon d’Eric Dolphy ou Don Cherry) se rencontreront enfin à Rouen, loin de leur Amérique, pour écrire un nouveau chapitre de la grande histoire de la musique africaine américaine. Jacques Coursil (trompette), autre acteur engagé de la grande effervescence libertaire des années 60, présentera un trio inédit où il sera accompagné de deux musiciens emblématiques de la scène des musiques improvisées européennes : Didier Lasserre et Benjamin Duboc.

Le cinéma d’Alfred Hitchcock, les photographies d’Elger Esser, l’architecture de l’abbatiale Saint-Ouen offriront de belles lignes de fuite aux musiques programmées.

http://jazzapartfestival.blogspot.fr

Cette vidéo a été tournée en 2007 au Highline Festival, pendant le « Homeland Tour » : même si le concert de la Cité de la musique était solo et beaucoup plus calme (aucun beat n’était tenu plus de quelques secondes), elle donne une idée du concert-poème de Laurie Anderson, de la manière dont elle manie le spoken word, et de ses textes, critiques de la société américaine et occidentale — ici, sur la dictature des « experts », qui sont les seuls dont la parole est considérée comme valable (en France, on ne voit que ça !).

Un fauteuil, un micro, un violon, un ordinateur, un carnet sur un pupitre et des dizaines de bougies disposées au sol : Laurie Anderson est venue à Paris nous raconter des histoires de sa vie.

Pendant presque deux heures, Laurie Anderson, mère de la musique électronique expérimentale, amoureuse des ordinateurs, tripoteuse de boutons et conductrice d’électricité sonore depuis les années 70, nous a raconté des histoires. Des histoires de sa vie, des anecdotes, des expériences, des voyages et des reconnaissances.

Elle a travaillé dans un McDonald’s pour comprendre le monde de la production industrielle de l’intérieur et a vu ce que ça faisait de donner aux gens exactement ce qu’ils veulent. Elle est partie à l’Ouest des Etats-Unis avec sa chienne se promener dix jours pour voir s’il était possible de communiquer avec elle. La chienne, dressée pour cela, surveillait constamment les alentours pendant les ballades jusqu’à ce que des vautours tournoient au-dessus d’elle et qu’elle réalise que le danger pouvait aussi venir du ciel. Alors, elle a commencé à marcher la tête levée, inquiète — de la même façon que les new yorkais, après le 11 septembre, levaient constamment les yeux vers les airs, ayant réalisé, eux aussi, que le danger pouvait venir d’en haut. Laurie Anderson a raconté un voyage en canoë dans l’Utah en compagnie d’un groupe insupportable de control freaks fanatiques de « Mother Nature », qui se sont avérés être des victimes d’incestes. Elle a raconté d’autres histoires encore, plus ou moins anecdotiques dans le style leçon de vie, mais toujours poétiques dans la forme.

D’une voix paisible, elle dit les mots en musique, s’accompagnant elle-même au violon et aux effets électroniques, lançant parfois un beat pop qui s’arrête presque aussitôt, comme une pique éphémère. Les sons sont répétitifs, planants, attendus quand on la connaît. Des aplats sonores flottent entre les mots, dont certains sont détachés du reste, souvent en fin de phrase. On baigne dans une buée rêveuse accentuée par la lumière des bougies et le lent dépliement des histoires. On ferme les yeux, on les rouvre, on a loupé un passage, aucune importance. « L’histoire est un ange qui regarde vers le passé. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. » Laurie Anderson, elle, ralentit le temps voire nous en fait sortir, un instant. Elle pourrait continuer à parler comme ça, pendant des heures, et nous pourrions continuer à écouter, somnolant, hypnotisés, engourdis. Paisibles.

Une merveilleuse version par Odetta :

Dans le cadre d’une carte blanche de la Cité de la Musique à Laurie Anderson, Antony and the Johnsons étaient programmés mercredi 6 mars salle Pleyel. Si Antony était le même que d’habitude, les Johnsons avaient changé, et Laurie Anderson et Lou Reed sont venus nous rendre visite.

Dans ce genre de concert-événement, il y a les fans, ceux qui connaissent toutes les chansons par cœur et qui ont acheté leur billet il y a six mois, et ceux qui se sont retrouvés là un peu par hasard, grâce à un ami ou un désistement, et qui connaît vaguement le nom du chanteur et a récemment réalisé que c’était quelqu’un de connu. Je faisais partie de la seconde catégorie, mais bon, si c’est Laurie Anderson qui fait le programme, ça doit pas être dégueu (CocoRosie ensuite !). Et de fait, c’était pas dégueu.

Longue robe noire, cheveux noirs et lisses tombant sur les épaules, Antony Hegarty entre en scène après ses musiciens d’un soir. La formation est unique, un one-shot intitulé « She’s So Blue » — ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais vraiment rien. Sous la direction du trompettiste Steve Bernstein, Douglas Wieselman (membre régulier des Johnsons) et Renaud Gabriel Pion se partageaient les soufflants (clarinette, saxophones, cor anglais, flûte), Julian Joseph jouait du piano et de l’orgue, Leo Abrahams de la guitare, Bradley Jones de la basse et Kenny Wollesen (The Dreamers John Zorn, Love Trio Ilhan Ersahin) de la batterie et du vibraphone. Antony, régnant sur tout le monde, s’accompagnait parfois lui-même au piano, notamment sur les tubes « You Are My Sister » ou « Hope There’s Someone ». Pour quelqu’un qui connaît mal son répertoire, ce ne sont pas les tubes la partie la plus savoureuse, mais les reprises et les standards de gospel comme « A Child of God (It’s Hard to Believe) » — définitivement la plus belle chanson de la soirée — et « Sometimes I Feel Like A Motherless Child », qu’il interprète après un discours sur les homosexuels et les personnes transgenres. À travers ces quelques paroles féministes en préambule, les orphelins de la spiritual song deviennent ceux de la société.

Antony Hegarty a le don de vous procurer des frissons même sur les morceaux les plus rebattus : « I Will Survive » en est la preuve la plus surprenante, une chanson qu’ils s’excuse de chanter juste avant avec une certaine malice, la première qu’il ait jamais interprétée dans un club. On reconnaît les paroles, la mélodie, mais pas la chanson : elle est métamorphosée en un poème, que l’on relie inévitablement au discours sur les personnes transgenres. Derrière, les musiciens construisent une énergie gagnante : montées en puissance qui arrachent des larmes à la moitié de la salle tandis que la voix se fait lyrique, ou ambiance cotonneuse au toucher léger et délicat. Le groupe fabrique une bulle d’émotion qui prend toute la salle : au rappel, on se lève instantanément et on reste debout pour fredonner le « mmmh » qu’il nous a demandé, tandis qu’il surfe par dessus avec une facilité déconcertante.

Mais ce sont les apparitions de Laurie Anderson et Lou Reed qui auraient pu me faire crier comme toute groupie qui se respecte, si nous n’avions pas été dans la très chic salle Pleyel : elle sur un morceau au violon à la moitié du concert, lui en rappel. Identique à lui-même, la voix rocailleuse, Lou Reed dit-chante un texte bientôt sous-tendu par Antony : la juxtaposition des deux personnages est un véritable oxymore : la haute et sombre silhouette d’Antony à côté de celle de Lou Reed, petit, ridé, lunettes, un look d’Indiana Jones de la musique, si calme et en même temps la voix si trouble. Par comparaison, celle d’Antony est étonnamment posée, le grain lisse et assuré. Ce serait presque une rencontre entre le passé et le présent si Lou Reed et Laurie Anderson n’étaient aussi attachés au fait de vivre avec leur temps. Plusieurs fois déjà ils ont collaboré avec Antony Hegarty qui, derrière sa fragilité, est d’une grande force et sait manifestement parfaitement ce qu’il veut. On attend maintenant la clôture de la carte blanche avec Laurie Anderson en solo, samedi 9 à la Cité de la Musique.

Pour le plaisir

Je peux me flatter d’avoir amené la critique de jazz à un niveau tel que les prochaines crues de la Seine ne pourront, à tout casser, que m’arracher un sourire méprisant accompagné d’un éclair vert dans l’œil.

Boris Vian

Sex Sells… Blackness Too ?

Après l’excellent « Peut-on parler de musique noire ? », le nouveau numéro de la revue Volume !, consacrée aux musiques populaires, « Sex sells… Blackness too ? » s’interroge sur la « stylisation des rapports de domination dans les cultures populaires et postcoloniales », un dossier coordonné par Malek Bouyahia, Franck Feitas et Karima Ramdani. Qu’est-ce à dire ?

volumeÀ travers des exemples empruntés au hip hop, au reggae, au rap et au R&B, des chercheurs explorent les relations de pouvoir à l’œuvre dans les représentations des chanteurs.ses, des danseurs.ses et des musiciens.nnes, dans une perspective postcoloniale. Il s’agit en fait d’étudier la manière dont des artistes noirs.es et d’origine maghrébine subvertissent et/ou reproduisent, en utilisant leur image et leur corps, une identité qui leur a été assignée, comme : « les Noires ont une sexualité débridée », ou « les Maghrébines sont musulmanes ». Comme si une femme d’origine maghrébine était nécessairement musulmane. Chaque groupe ethnique se voit imposer une identité qui repose sur des clichés, et il s’agit de voir comment, dans la culture populaire musicale, ces préjugés sont détournés et/ou confirmés (volontairement ou non). C’est tout l’enjeu de la perspective postcoloniale : réfléchir aux rapports entre « moi » (le point de vue du dominant, c’est-à-dire l’homme blanc) et « l’Autre » (le Noir, l’Arabe, etc) dans les sociétés décolonisées, le plus souvent brassées par de multiples immigrations.

Lire la suite sur Citizen Jazz.