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Posts Tagged ‘Sylvain Rifflet’

Si vous connaissez déjà le compositeur américain Moondog (1916-1999), vous aurez plaisir à redécouvrir ses thèmes dans la bouche d’un chœur d’enfants. Si vous ne connaissez pas Louis Thomas Hardin de son vrai nom, qui avait l’habitude de se déguiser en viking et vivait comme un semi-clochard, voici un aperçu de son style et de ses compositions, revisitées par les musiciens d’Alphabet de Sylvain Rifflet : Philippe Giordani à la guitare, Joce Mienniel à la flûte et à l’électronique, Benjamin Flament au vibraphone et aux percussions + Jon Irabagon au saxophone et Eve Risser au piano. C’était à Bobigny dans le cadre du festival Banlieues bleues, le 12 avril 2012. Filmé par Jean-Jacques Birgé.

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C’est rigolo c’est rigolo tout le monde fait des listes alors moi aussi.

L’année 2012 a été une année de plus où on n’a fait que bosser sans gagner plus d’argent — voire ! sans gagner d’argent du tout. Alors comme on est docile et fainéant en même temps, on écoute de la musique en élaborant une métaphysique du froid à partir du frigo vide. Bientôt les premières conclusions.

Dans ma liste il y a (sans ordre de préférence) :

nicolas-repac-black-box

Nicolas Repac Black Box, avec des Noirs et des gens basanés qui chantent dans des langues qu’on comprend pas mais que c’est vachement beau, et que Nicolas Repac (qui est blanc) a repris tout ça et a rajouté des sons bizarres autour, derrière, par-dessus mais pas trop devant (enfin parfois si). L’autre jour j’ai entendu dire que quelqu’un avait dit que les chanteuses noires avaient une voix particulière à cause de leur palais, qui est paraît-il fait différemment de celui des Blanches. Moi je dis : chapeau ! Je veux bien aussi l’explication de pourquoi certaines musiques sont meilleures que d’autres, comme ça j’aurai plus besoin d’écrire de critiques, et je pourrai partir en vacances aux Bahamas. Bon sinon Black Box est un Élu Citizen Jazz (pour ceusses qui voudraient lire un vrai truc).

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Ways Out, le quartet de Claude Tchamitchian avec Régis Huby, Rémi Charmasson et Christophe Marguet. Arménie + électrique (alors que d’habitude il fait plutôt de l’acoustique) + rock digéré menu menu = plat chaud tout nouveau, avec accompagnement de petites larmichettes mais pas trop. Nous sommes également en présence d’un Élu (de mon cœur) Citizen Jazz, cette fois-ci rédigé par quelqu’un d’autre que moi, avec une approche différente. Un peu d’air frais quoi. En gros un violon électrique + une contrebasse jouée à l’archet + une guitare électrique + une batterie très rythmique = un fondu sonore qui souffle tout sur son passage, avec des mélodies orientalisantes et un peu tristes. Mais qu’est-ce que vous voulez, on se refait pas.

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Alphabet de Sylvain Rifflet, avec Joce Mienniel, Benjamin Flament et Philippe Giordani. Bon alors il n’y a rien à dire parce que tout a déjà été dit. Je considère que ce disque, et le suivant, renouvellent radicalement le langage improvisé en le mélangeant de manière inédite avec des éléments rock tels que le refrain, le jeu d’ensemble ou la rythmique, et que tout ce joyeux bordel est la musique de demain, c’est-à-dire en fait, si vous suivez bien, la musique d’aujourd’hui. Oui Madame ! J’en ai déjà parlé sur ce blog ici, et Citizen Jazz lui a également fait une déclaration amoureuse.

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Paris Short Stories de Joce Mienniel (il s’appelle Jocelyn en fait) avec Eve Risser, Philippe Giordani, Sylvain Rifflet, Aymeric Avice, Vincent Lafont et Antonin Rayon. Pareil que le précédent, à ceci près que musicalement, ça n’a rien à voir. Alors que Alphabet travaille sur la constitution d’un son collectif de groupe, celui-ci, dans le son collectif, cherche l’état de grâce poétique dans la nuance et l’infime. Les aplats électroniques ne sont plus au service du rythme mais de la sensation. J’ai tout expliqué dans la chronique et l’entretien de Joce Mienniel pour le jazz citoyen, et, oh surprise, je lui ai, à lui aussi, à eux tous, déclaré ma flamme.

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Bitter Sweets de Élise Caron et Edward Perraud, le duo chant/batterie le plus drôle, le plus excitant, le plus insolite, le plus bizarre, le plus free, le plus chantant, le plus rigolo, le plus émerveillé, le plus décalé, le plus énergique, le plus comique, le plus riche que vous ayez jamais entendu. C’est normal, on n’entend jamais de duo voix/batterie. Eh bien, c’est l’occasion ! Pour lire la vraie chronique, c’est . Je ne saurais trop vous conseiller d’aller les voir et les écouter en concert, ils sont magiques. Et eux au moins ils font une pochette avec des couleurs chaudes et des vaches. Et ça c’est cool.

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Big pop comme repère lumineux dans le firmament de la musique improvisée, Big jazz comme hommage à l’inventivité, au volume, à la profondeur.

Le big nouveau est arrivé : Alphabet de Sylvain Rifflet. Non content de sortir une perle chez Sans bruit il y a quelques semaines à peine avec le disque Beaux-Arts, le saxophoniste et clarinettiste Sylvain Rifflet s’attaque maintenant à l’Alphabet aux côtés de Philippe Giordani (g), Jocelyn Mienniel (flûte) et Benjamin Flament (perc). L’électronique est présente chez tous les instruments, non à la manière d’un remplissage verbeux mais pour modifier reliefs et volumes. Les compositions jouent constamment sur l’attente que l’on peut avoir de l’assemblage de tel instrument avec tel autre et en prend évidemment le contre-pied, pour créer des boucles évolutives qui rappellent quelque chose de la musique spectrale (par exemple les boucles dans Les Nègres de Lévinas) et minimale (Steve Reich) pour la forme et quelque chose d’un mélange de King Crimson avec Nine Inch Nails pour le fond. Des sortes de plateaux sonores s’enchâssent les uns dans les autres comme les vagues creusent le rivage. C’est finalement un objet totalement nouveau qui rencontre les oreilles, sophistiqué mais non hermétique, inspiré par des musiques antagonistes mais d’une très grande homogénéité. Chapeau. [Le disque est en téléchargement libre et disponible à l’achat sur la même page. On peut lire pour compléter la superbe revue fouillée de Maître Chronique ici.]

Le big parmi les bigs : E total du MégaOctet d’Andy Emler. Ça y est, il est arrivé. Le dernier disque du MégaOctet est sorti au début du mois de mai. L’orchestre est devenu star au fil d’albums qui portent invariablement la marque de leur compositeur ; le son Andy Emler y est immédiatement reconnaissable, et totalement indispensable — en témoigne l’abandon du projet Dionysos, où chaque musicien avait été mis à contribution comme compositeur, comme si le groupe ne se reconnaissait plus. C’est un MégaOctet plus « mature » qui nous revient là, « mature » mis entre guillemets parce qu’il est ironique et presque ridicule de parler de maturité au sujet d’un orchestre qui a plus de vingt ans et d’un compositeur qui n’a plus besoin de faire ses preuves depuis longtemps. Non, « mature » parce que l’ensemble paraît ici avoir été marqué de sa belle marque, avoir laissé ses empreintes sur sa propre musique, et l’avoir ainsi rendue plus profonde, si c’était possible. Les morceaux creusent davantage leurs propres ornières que sur les disques précédents, sont plus sombres, plus mélancoliques peut-être, mais sans jamais que le tout en soit plombé, bien au contraire. On retrouve la joie du partage, la discrétion du marionnettiste de l’ombre Andy Emler, et le plaisir du concept : avant c’était le rugby, maintenant c’est le Mi (E en anglais) : tous les morceaux reposent sur une fondamentale de Mi. On découvre aussi la beauté de Laurent Dehors dans une ballade, ou encore Élise Caron en invitée sur un hommage à Zawinul. C’est un nouveau coup de maître que le MégaOctet (Andy Emler piano, compositions, direction, Laurent Blondiau trompette, bugle, Laurent Dehors saxophones ténor et soprano, clarinettes, Thomas de Pourquery saxophone alto, voix, Philippe Sellam saxophone alto, François Thuillier tuba, Claude Tchamitchian contrebasse, Eric Echampard batterie, François Verly marimba, tablas, percussions) nous livre, accompagné d’une vidéo tournée par Richard Bois pendant l’enregistrement sur le label La Buissonne.

Deux disques seulement sur cette playlist, mais deux disques qui, dans des registres totalement différents, font honneur à l’imagination, la créativité, la fête… bref, Big music.

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Le jazz, c’est bien quand ça s’arrête aussi.

Le rap thing : Découverts la semaine dernière au festival Sons d’Hiver, Desdamona (Ursus Minor) et Carnage The Executioner réussissent l’exploit de faire aimer le rap à ceux à qui il a toujours donné des boutons. Leur fabuleux duo Ill Chemistry, dont le dernier disque vient de sortir chez Nato (dont on ne dira jamais assez tout le bien qu’on en pense), étonne par sa présence, sa performance et sa musicalité. Arrivés tout droit de Minneapolis, ils donnent corps à des paroles politiques ancrées dans l’expérience, et témoignent d’une volonté touchante de rencontrer le public. Leur rap n’est pas un effet de style, mais bien le meilleur moyen qu’ils aient trouvé pour incarner une urgence à dire et à partager.

Le rock thing : Vous saviez que c’étaient les Beatles qui avaient inventé le clip ? Ils avaient la flemme d’aller aux Etats-Unis pour faire une émission télé alors ils ont envoyé une vidéo à la place, où on les voit simplement interpréter leur morceau sur une scène en carton pâte, avec leurs costumes noirs et leur bouille rigolote, comme ils l’auraient fait là-bas.

PJ Harvey, « The Glorious Land », Let England Shake

Le post-rock thing (même si on sait pas bien ce que ça veut dire) : Garden Parti & Caroline, Yes, de Caroline. La contrebassiste et chanteuse Sarah Murcia est aux commandes d’un projet mégalo sur une femme imaginaire, Caroline, dont le nom est susurré, miaulé, caressé, à chaque morceau ou presque, aux côtés d’une ribambelle de star(lette)s telles que Jeanne Balibar, Rodolphe Burger ou Fantazio. Si le second disque est un peu décevant, le premier, quasiment entièrement instrumental, allie avec génie jazz et rock, grâce à des musiciens de talent : Olivier Py (ts, ss, fl), Gilles Coronado (g) et Franck Vaillant (dms, Simmons SDSV).

Le folk thing : Comme pour Nato, on ne dira jamais assez tout le bien qu’on pense du label Sans bruit, qui est fatiguant de qualité et d’enthousiasme. Mais où sont passés les crocodiles avides de profit et de musique toute prête ? Ils ont été anéantis par la guitare de Pascal Maupeu, qui reprend en solo de grands standards de country/folk américaine dans — attention — Folk Standards, un régal de virtuosité véloce mariée à ce qu’on imagine être un rêve d’enfant. Tout ce qu’on peut reprocher à ce disque, c’est de ne durer qu’une demi heure, une honte quand on a tant de choses à dire !

Le tout à voir mais qu’est-ce que c’est bien : Beaux-Arts, de Sylvain Rifflet.

Gilles Coronado  guitar
Christophe Lavergne  drums, music box
Frédéric Norel  violin
Clément Janinet  violin
Benachir Boukhatem  viola
Olivier Koundouno  cello
Sylvain Rifflet  composition, saxophone & clarinet, metallophone

Voilà, on l’attendait, il est arrivé. Le disque de jazz qui allait nous redonner le sourire et la patate en ces temps de grisaille maussade. Le disque qui allait rebooster le corps comme on redémarre un ordinateur. Le disque qu’on allait avoir envie d’écouter sous perfusion pendant des jours et des jours. Et où il est ce disque ? Chez Sans bruit évidemment !

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