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Posts Tagged ‘Jazz à part’

AFFICHE_JAP_III(2)

Au programme: Didier Petit et son violoncelle « dans tous ses états », Stephan Oliva et le piano fait suspense, Didier Lasserre sculptant le silence à coups de caisse claire et cymbale. Voici pour la chute. Le festival nous aura conduit entre temps au 106 où rendez-vous est pris avec deux légendes de la Great Black Music. Famoudou Don Moye (l’homme-percussions du mythique Art Ensemble of Chicago) et Sonny Simmons (saxophoniste alto, compagnon d’Eric Dolphy ou Don Cherry) se rencontreront enfin à Rouen, loin de leur Amérique, pour écrire un nouveau chapitre de la grande histoire de la musique africaine américaine. Jacques Coursil (trompette), autre acteur engagé de la grande effervescence libertaire des années 60, présentera un trio inédit où il sera accompagné de deux musiciens emblématiques de la scène des musiques improvisées européennes : Didier Lasserre et Benjamin Duboc.

Le cinéma d’Alfred Hitchcock, les photographies d’Elger Esser, l’architecture de l’abbatiale Saint-Ouen offriront de belles lignes de fuite aux musiques programmées.

http://jazzapartfestival.blogspot.fr

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Le festival Jazz à part (Rouen) proposait cette année une projection du film The Connection. Voici le texte de l’introduction qu’on m’a invitée à faire.

« Le festival des mécréants » ! Voilà comment le magazine de cinéma Positif titre sur l’édition de 1961 du festival de Cannes. Face à la « consternante nullité de la sélection française, où l’on reconnaît sans peine les choix pontifiants de notre lama culturel, le pénible M. Malraux », le film de Shirley Clarke fait l’effet d’un boulet de canon. « Richesse clandestine » du festival pour les uns, « point de départ » pour les autres, « tant sous l’angle de la forme et des méthodes de production que de l’influence exercée », The Connection est la révolution de l’année. S’il est amusant de lire des critiques aussi définitives sur un film qui est tombé dans un relatif oubli, il n’en reste pas moins que c’est la première fois que l’illusion réaliste est remise en cause de manière aussi directe au cinéma.
Trois fois un des personnages dit à la caméra : « Non mais, qu’est-ce que vous croyez que vous regardez, un film porno ? … » Quand dans une interview les Cahiers du cinéma reprochent au film de Shirley Clarke un certain voyeurisme, elle répond : oui, c’est exactement l’effet recherché. Dans The Connection, le spectateur est un voyeur.

Qu’est-ce qu’il regarde ? Une bande de drogués attendre leur « connection », c’est-à-dire leur dealer, dans un appartement miteux et exigu. Au loin, on entend les bruits de la ville. Certains personnages sont blancs, d’autres sont noirs. Ils ont accepté qu’on les filme pour un documentaire en échange de l’argent qui leur servira à acheter leur dose d’héroïne, mais regardent la caméra avec défiance. Ils parlent peu. Pour patienter, ils jouent et écoutent du jazz. Ça ressemblerait presque à du Beckett, si ce n’est que Cowboy, le dealer, finit bel et bien par arriver, accompagné par un invité imprévu…

Le scénario a été écrit en étroite collaboration avec l’auteur de la pièce de théâtre dont il est tiré, Jack Gelber. Nous sommes à la toute fin des années 50, aux Etats-Unis. La pièce a été créée à New York en juillet 59 par une troupe d’avant-garde : le Living Theatre. Pour la première fois, on a fait monter sur scène des Noirs et des Blancs, indifféremment : dans la préface Jack Gelber précise qu’aucune règle concernant la couleur de la peau des acteurs ne doit présider au casting. Pour la première fois, des personnages interpellent directement les spectateurs, pour les provoquer ou leur proposer une cigarette. Les junkies prennent leur fix sur le plateau : à l’époque, c’est une révolution. Le théâtre ne désemplit pas pendant deux ans.

Au théâtre comme dans le film, ce sont les mêmes musiciens qui jouent. Freddie Redd est au piano, Jackie McLean l’accompagne au saxophone alto, Michael Mattos est à la contrebasse et Larry Ritchie à la batterie. C’est Freddie Redd (qui a aujourd’hui 83 ans) qui a écrit toutes les compositions à partir du texte de la pièce pour la création. Il existe un disque, Music from The Connection, qui est sorti sur le label Blue Note en 1960, un an avant la présentation du film de Shirley Clarke à Cannes. Au début et à la fin, le même morceau de Charlie Parker est diffusé sur le vieux phonographe de l’appartement. L’hommage au père spirituel laisse bien sûr son empreinte sur la musique de Freddie Redd, qu’on pourrait définir comme appartenant à la grande famille du hard bop. Mais il a composé pour l’occasion des thèmes en étroite correspondance avec le sujet de la pièce. La musique scande le temps morcelé des drogués, comme une sorte de pacemaker. Face au silence de l’attente, à l’intrusion de la caméra et au manque, palpable, des hommes réunis là par nécessité, le jazz devient l’autre de la parole, le seul lieu où chacun peut être véritablement avec l’autre, muet.

Pourquoi le jazz ? Pour aller avec la drogue bien sûr, mais aussi parce que l’improvisation est un élément esthétique primordial de l’œuvre toute entière : les interventions du réalisateur et du cameraman tout au long du film font plus penser à un work in progress qu’à un travail fini. Le jazz aussi, parce que c’est la musique du collectif par excellence. L’improvisation se fait à plusieurs simultanément, et se nourrit de chacun de ses participants, sans hiérarchie aucune. Exactement comme le film montre des Noirs, des Blancs, des biens portants, des malades, des intellectuels, des ignorants, des drogués et des non drogués… Sur le mur une inscription : Heaven or Hell, which road are you ? Enfer ou Paradis : de quel côté êtes-vous ? La question est un piège. Pour Jack Gelber et Shirley Clarke, le mal et le bien ne sont pas si faciles à démêler, car tout le monde est connecté. Solly, le plus éduqué de la bande comme l’appelle un autre personnage, est là aussi, à attendre son fix, comme les autres.

The Connection n’est ni une apologie ni une condamnation de la drogue. Le film se contente de témoigner d’une vérité, et, en même temps, de brouiller les pistes : où est la fiction ? où est la réalité ? Pour tout le courant de cinéma expérimental américain des années 60, porter un message politique ne suffit plus : il faut intervenir dans le réel, inquiéter le spectateur, jusqu’alors trop confortablement installé dans son siège de velours. On montre le cinéma en train de se faire : est-ce un film de fiction ? un documentaire ? Ou même le making of d’un documentaire en train de se faire ? Les musiciens s’appellent par leurs prénoms, les personnages parlent directement à la caméra, qui est portée à l’épaule par un cameraman dont on se demande s’il ne finira pas par plonger lui aussi dans la drogue… Jackie McLean, entre autres, joue son propre rôle : il est lui-même à cette époque, dans la vraie vie, un héroïnomane.
The Connection est loin des clichés simplistes sur le jazz et la drogue. Leurs liens sont complexes et contradictoires : si le jazz participe de l’état de transe du drogué, est-il possible de le comprendre, c’est-à-dire de le ressentir, totalement sans être sous l’emprise de la drogue ? Mais, à l’inverse, est-ce que la drogue n’empêche pas le jazz d’advenir ? L’un des personnages, Ernie, s’est vu forcé de mettre son instrument au clou pour pouvoir se payer sa dose. La connection, c’est le dealer, le passeur de drogue et le passeur de transe, mais ce sont aussi les connexions qui existent entre les personnages et la musique, les acteurs et le public, le rêve et la réalité.

Le trouble est jeté, avec l’espoir, pour le théâtre et le cinéma d’intervention, que, selon les mots de Julian Beck, codirecteur avec Judith Malina du Living Theatre, « si nous pouvions être amenés à sentir, sentir vraiment quoi que ce soit, nous trouverions toute cette souffrance intolérable, la douleur trop forte pour être supportée, que nous pourrions y mettre fin, et que, devenus capables de sentir, nous pourrions vraiment éprouver la joie de tout le reste, la joie d’aimer, de créer, de vivre en paix, et d’être nous-mêmes. » Dans The Connection, c’est le jazz qui est le lieu privilégié de cette communion avec les autres et avec soi-même. Face à l’étirement du temps dû à l’attente et au manque, il est l’autre de la parole, cet endroit où une communication, paradoxalement silencieuse, peut advenir.

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Aujourd’hui s’ouvre la deuxième édition du festival Jazz à part à Rouen ; elle se terminera dimanche 22 mai.

Ce week-end on pourra y entendre Daunik Lazro en solo, un duo Hélène Breschand – Sylvain Kassap, et en vrac, Joëlle Léandre, Nicolas Lelièvre, Carlos Zingaro, Akosh S., Alan Silva… D’ici là ce sont des dédicaces, des expositions et des séances de cinéma : Billy Bang’s Redemption Song ce soir au cinéma Omnia République, et demain au même endroit The Connection de Shirley Clarke, une séance introduite par votre serviteuse.

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Voici mon troisième solo(s) et mon premier Soliloque : c’est le titre de ma première chronique radio, diffusée hier sur les ondes de Radio HDR à Rouen et de Principe actif à Evreux, au sein de l’émission Jazz à part de Pierre Lemarchand, et qui porte sur les albums solo.

« Soliloque, un mois, un solo »

« L’art du solo, c’est l’art de se mettre à poil », comme dit Andy Emler. Accès privilégié à l’intimité d’un univers musical, le solo est doux, tranchant, percussif, mélodieux, contemporain, violent ou caressant, écrit ou improvisé. « Soliloque » vous donne rendez-vous chaque mois pour ouvrir pendant quelques minutes les portes d’un pianiste, violoniste, batteur ou contrebassiste…

Premier disque solo évoqué dans Soliloque, Solobsession, sorti en 2001 chez le Label Bleu, ne s’appelle pas comme cela par hasard : c’est après une longue réflexion sur cette pratique que Bojan Zulfikarpasic a enregistré le sien. « L’art du solo, c’est l’art de se mettre à poil », dit Andy Emler. C’est en effet une mise à nu toujours spécifique. Pour Bojan Z, le solo vous débarrasse du besoin des autres car la négociation avec l’espace  y est différente. Le solo est un accès privilégié à l’intimité d’un univers musical, tout simplement parce que, quand on arrête de jouer, c’est le silence.

Pourtant, il n’y a pas beaucoup de silence chez Bojan Z. Le pianiste a instillé dans son jeu beaucoup d’autres choses, à tel point que l’on n’est pas tout à fait sûr, si on ne connaît pas déjà les morceaux, qu’ils soient uniquement réalisé au piano. Il n’est que de l’observer jouer, sur un ou même deux pianos à la fois, ou sur le Fender Rhodes trafiqué qu’il a baptisé « xénophone », pour être époustouflé par sa rapidité, sa virtuosité et, en même temps, son ouverture et sa générosité. On croit entendre quatre, huit mains ; elles ne sont que deux.

Solobsession, c’est un mouvement permanent entre hybridation d’un côté, et dépouillement de l’autre. Hybridation, parce que le piano se fait parfois percussif, parfois très mélodique au contraire ; dépouillement, parce que l’on entend l’instrument nu. Les silences, s’ils se font rares, sont d’autant plus précieux.

L’album comporte 6 morceaux composés par Bojan Z, trois signés par d’autres musiciens : le contrebassiste Henri Texier, et les saxophonistes Sonny Rollins et Ornette Coleman, ainsi qu’une mélodie macédonienne traditionnelle.

Né à Belgrade en 1968, Bojan Z s’installe en France en 1988. Très vite, il joue avec Henri Texier, Julien Lourau, ou encore Michel Portal. Il signe six albums sous son nom entre 1993 et 2010, avec des musiciens du monde entier : Américains dans Transpacific, superbe disque en trio, Algériens, Turcs, Serbes, et j’en oublie, dans Koreni. Les influences balkaniques qu’on a souvent voulu voir dans sa musique, assurément présentes, se mêlent à tant de culture classique et jazz qu’elles en deviennent indiscernables. Elles laissent cependant leur couleur dans ses mélodies.

* * *

Playlist de la chronique : « Fingering » et « Multi Don Kulti », en écoute ici et en podcast . Mensuelle, elle est diffusée au milieu du mois le vendredi entre 20h et 21h, insérée dans le corps de Jazz à part, émission d’une heure sur l’actualité des musiques improvisées, sur Radio HDR et Principe actif.

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Bastien Boni pendant le festival Jazz à part à Rouen, mai 2010, © Franpi.

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Après Macao à Reims et Muzzix et Circum à Lille, c’est au tour de Rouen de voir naître un projet sur le jazz et la musique improvisée : Jazz à Part était une émission de radio, c’est désormais également un festival.

Un jour pour commencer. Et quel jour! 4 concerts entre l’après-midi et le soir, solo, duo, quartet, français et étrangers. Le trompettiste Jean-Luc Cappozzo se produira en trio avec Jérôme Bourdellon (flûte, clarinette basse) et Nicolas Lelièvre (batterie, percussions) ; les Boni père et fils (Raymond et Bastien, guitare et contrebasse) formeront un quartet avec les japonais Makoto Sako à la batterie (il a notamment créé Marteau Rouge avec Jean-François Pauvros et Jean-Marc Foussat) et Maki Nakano (saxophone, clarinette) ; Olivier Hue (guitare, oud) et Guillaume Laurent (saxophone) assureront la première partie ; et Claude Tchamitchian jouera en solo à l’occasion de la sortie du disque Another Childhood sur le label Emouvance.

Ce dernier fait ainsi l’objet d’une émission « grand angle » dans Jazz à Part (toutes les émissions sont podcastables), dans laquelle on retrace son parcours de compositeur avec l’orchestre du Lousadzak et le quartet Ways Out, d’improvisateur avec Gaguik Mouradian (Le Monde est une fenêtre), de sideman avec Stephan Oliva (Stéréoscope), et de soliste avec Jeux d’enfants puis Another Childhood. Le « grand angle » est bien mené, comme pour Charles Lloyd ou le journaliste Daniel Caux, le « défricheur » des nouvelles musiques, le découvreur de John Cage, l’infatigable de l’expérience. À la suite de sa mort en 2008, un ouvrage est paru l’année suivante pour lui rendre hommage, Le Silence, les couleurs du prisme et la mécanique du temps qui passe, aux Editions de l’Eclat, une compilation d’articles et d’interviews qui retrace l’histoire des musiques expérimentales et improvisées. Musiques dont vous pourrez écouter un excellent échantillon dans ce festival d’un jour, Free music for free people. Et la boucle est bouclée.

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