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Posts Tagged ‘Laurie Anderson’

Cette vidéo a été tournée en 2007 au Highline Festival, pendant le « Homeland Tour » : même si le concert de la Cité de la musique était solo et beaucoup plus calme (aucun beat n’était tenu plus de quelques secondes), elle donne une idée du concert-poème de Laurie Anderson, de la manière dont elle manie le spoken word, et de ses textes, critiques de la société américaine et occidentale — ici, sur la dictature des « experts », qui sont les seuls dont la parole est considérée comme valable (en France, on ne voit que ça !).

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Un fauteuil, un micro, un violon, un ordinateur, un carnet sur un pupitre et des dizaines de bougies disposées au sol : Laurie Anderson est venue à Paris nous raconter des histoires de sa vie.

Pendant presque deux heures, Laurie Anderson, mère de la musique électronique expérimentale, amoureuse des ordinateurs, tripoteuse de boutons et conductrice d’électricité sonore depuis les années 70, nous a raconté des histoires. Des histoires de sa vie, des anecdotes, des expériences, des voyages et des reconnaissances.

Elle a travaillé dans un McDonald’s pour comprendre le monde de la production industrielle de l’intérieur et a vu ce que ça faisait de donner aux gens exactement ce qu’ils veulent. Elle est partie à l’Ouest des Etats-Unis avec sa chienne se promener dix jours pour voir s’il était possible de communiquer avec elle. La chienne, dressée pour cela, surveillait constamment les alentours pendant les ballades jusqu’à ce que des vautours tournoient au-dessus d’elle et qu’elle réalise que le danger pouvait aussi venir du ciel. Alors, elle a commencé à marcher la tête levée, inquiète — de la même façon que les new yorkais, après le 11 septembre, levaient constamment les yeux vers les airs, ayant réalisé, eux aussi, que le danger pouvait venir d’en haut. Laurie Anderson a raconté un voyage en canoë dans l’Utah en compagnie d’un groupe insupportable de control freaks fanatiques de « Mother Nature », qui se sont avérés être des victimes d’incestes. Elle a raconté d’autres histoires encore, plus ou moins anecdotiques dans le style leçon de vie, mais toujours poétiques dans la forme.

D’une voix paisible, elle dit les mots en musique, s’accompagnant elle-même au violon et aux effets électroniques, lançant parfois un beat pop qui s’arrête presque aussitôt, comme une pique éphémère. Les sons sont répétitifs, planants, attendus quand on la connaît. Des aplats sonores flottent entre les mots, dont certains sont détachés du reste, souvent en fin de phrase. On baigne dans une buée rêveuse accentuée par la lumière des bougies et le lent dépliement des histoires. On ferme les yeux, on les rouvre, on a loupé un passage, aucune importance. « L’histoire est un ange qui regarde vers le passé. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. » Laurie Anderson, elle, ralentit le temps voire nous en fait sortir, un instant. Elle pourrait continuer à parler comme ça, pendant des heures, et nous pourrions continuer à écouter, somnolant, hypnotisés, engourdis. Paisibles.

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Dans le cadre d’une carte blanche de la Cité de la Musique à Laurie Anderson, Antony and the Johnsons étaient programmés mercredi 6 mars salle Pleyel. Si Antony était le même que d’habitude, les Johnsons avaient changé, et Laurie Anderson et Lou Reed sont venus nous rendre visite.

Dans ce genre de concert-événement, il y a les fans, ceux qui connaissent toutes les chansons par cœur et qui ont acheté leur billet il y a six mois, et ceux qui se sont retrouvés là un peu par hasard, grâce à un ami ou un désistement, et qui connaît vaguement le nom du chanteur et a récemment réalisé que c’était quelqu’un de connu. Je faisais partie de la seconde catégorie, mais bon, si c’est Laurie Anderson qui fait le programme, ça doit pas être dégueu (CocoRosie ensuite !). Et de fait, c’était pas dégueu.

Longue robe noire, cheveux noirs et lisses tombant sur les épaules, Antony Hegarty entre en scène après ses musiciens d’un soir. La formation est unique, un one-shot intitulé « She’s So Blue » — ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais vraiment rien. Sous la direction du trompettiste Steve Bernstein, Douglas Wieselman (membre régulier des Johnsons) et Renaud Gabriel Pion se partageaient les soufflants (clarinette, saxophones, cor anglais, flûte), Julian Joseph jouait du piano et de l’orgue, Leo Abrahams de la guitare, Bradley Jones de la basse et Kenny Wollesen (The Dreamers John Zorn, Love Trio Ilhan Ersahin) de la batterie et du vibraphone. Antony, régnant sur tout le monde, s’accompagnait parfois lui-même au piano, notamment sur les tubes « You Are My Sister » ou « Hope There’s Someone ». Pour quelqu’un qui connaît mal son répertoire, ce ne sont pas les tubes la partie la plus savoureuse, mais les reprises et les standards de gospel comme « A Child of God (It’s Hard to Believe) » — définitivement la plus belle chanson de la soirée — et « Sometimes I Feel Like A Motherless Child », qu’il interprète après un discours sur les homosexuels et les personnes transgenres. À travers ces quelques paroles féministes en préambule, les orphelins de la spiritual song deviennent ceux de la société.

Antony Hegarty a le don de vous procurer des frissons même sur les morceaux les plus rebattus : « I Will Survive » en est la preuve la plus surprenante, une chanson qu’ils s’excuse de chanter juste avant avec une certaine malice, la première qu’il ait jamais interprétée dans un club. On reconnaît les paroles, la mélodie, mais pas la chanson : elle est métamorphosée en un poème, que l’on relie inévitablement au discours sur les personnes transgenres. Derrière, les musiciens construisent une énergie gagnante : montées en puissance qui arrachent des larmes à la moitié de la salle tandis que la voix se fait lyrique, ou ambiance cotonneuse au toucher léger et délicat. Le groupe fabrique une bulle d’émotion qui prend toute la salle : au rappel, on se lève instantanément et on reste debout pour fredonner le « mmmh » qu’il nous a demandé, tandis qu’il surfe par dessus avec une facilité déconcertante.

Mais ce sont les apparitions de Laurie Anderson et Lou Reed qui auraient pu me faire crier comme toute groupie qui se respecte, si nous n’avions pas été dans la très chic salle Pleyel : elle sur un morceau au violon à la moitié du concert, lui en rappel. Identique à lui-même, la voix rocailleuse, Lou Reed dit-chante un texte bientôt sous-tendu par Antony : la juxtaposition des deux personnages est un véritable oxymore : la haute et sombre silhouette d’Antony à côté de celle de Lou Reed, petit, ridé, lunettes, un look d’Indiana Jones de la musique, si calme et en même temps la voix si trouble. Par comparaison, celle d’Antony est étonnamment posée, le grain lisse et assuré. Ce serait presque une rencontre entre le passé et le présent si Lou Reed et Laurie Anderson n’étaient aussi attachés au fait de vivre avec leur temps. Plusieurs fois déjà ils ont collaboré avec Antony Hegarty qui, derrière sa fragilité, est d’une grande force et sait manifestement parfaitement ce qu’il veut. On attend maintenant la clôture de la carte blanche avec Laurie Anderson en solo, samedi 9 à la Cité de la Musique.

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Walking and Falling

Alors tu vois le jazz en fait c’est plus un état d’esprit qu’un style en lui-même tu vois ? ouais voilà quoi c’est un peu comme la vieillesse et la jeunesse quoi soit tu l’es soit tu l’es pas quoi tu vois ? tu peux être vieux à vingt ans et jeune à quatre vingt quoi tu vois ? D’ailleurs tu vois tous les festivals qui s’appellent jazz alors que y a pas une goutte de jazz dedans ? ben voilà eux ils surfent sur la vague du « j’écoutedujazzj’enpeuxpluschuistropcool » tu vois ce que j’veux dire ? alors je vois vraiment pas pourquoi ici on pourrait pas écouter des trucs qu’ont rien à voir avec le jazz mais en fait un peu quand même parce que sans eux y aurait pas eu tout le jazz qui s’est inspiré d’eux et inversement tu vois ?

Laurie Anderson, « Walking And Falling », Big Science, 1982

C’est comme y a un autre truc dingue avec le jazz c’est que les gens qui écoutent du rock ou de la chanson trouvent ça élitiste et les gens qui écoutent de la musique classique et contemporaine trouvent ça pouilleux. Du coup, toi, fan de jazz, un jour tu bouffes du caviar et le lendemain tu te roules dans la fange. Et tu sais pas trop quoi leur répondre, aux uns comme aux autres, mis à part peut-être que le jazz en fait c’est plus un état d’esprit qu’un style en lui-même tu vois ?

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Cher Père Noël, j’ai été très sage cette année, en conséquence de quoi j’aimerais trouver au pied de la cheminée :

The very new tout chaud tout beau Yebunna Seneserhat du Bruit du [sign], un dingo-groupe qui est parti en Ethiopie regarder/écouter/écrire la danse Eskesta de Melaku Belay et Zenash Tsegaye. Ça danse, ça chante, ça parle – ça nous parle. Sur scène, leurs corps rythment la musique de Nicolas Stephan (ts), Jeanne Added (v), Julien Rousseau (tr), Julien Omé (g), Théo Girard (b) et Sébastien Brun (dr). À déguster en vidéo ici ou .

Ze pas très niou mais onsenfou : Soffio di Scelsi de Bruno Chevillon, Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva, 14 rêves inspirés par la musique du compositeur Giacinto Scelsi qui sont autant d’odes à la musique. On ne se remet pas de leur concert à la Dynamo du 19 novembre 2010 : avec une subtilité et une finesse incroyables, contrebasse, clarinette et piano esquissent les contours d’une oeuvre délicate, poétique, traversée d’images nocturnes, de coups de gong et de vents lointains. Magnifique.

Le qui-défonce-tout : Lips on Fire du Trio Journal intime. Fred Gastard (bs), Matthias Mahler (tb) et Sylvain Bardiau (tr), ou les trois souffleurs fous qui déboulent sur du Hendrix et qui, non contents de nous donner une patate d’enfer, se paient le luxe de réécrire le génie avec génie. Génial, quoi.

Le rien à voir (en fait si un peu quand même) mais qu’est-ce que c’est bien :

Merci.

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