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Posts Tagged ‘Sans bruit’

Des turqueries, du support numérique, des labels qui bricolent et un peu de théâtre.

Alors que paraît aujourd’hui le premier épisode de la mini-série consacrée à la campagne du Front de gauche, vous vous demandez certainement où en est la mini-série qui nous occupe ici, à savoir Jazz in Istanbul. Pas de panique ! Quelque peu ralentie par des événements extérieurs superflus tels que travail-travail-travail-nauséedelaturquiemaisçavapasser-travail-travail, elle arrive.

Le dossier des Chroniques stambouliotes est, lui (sigh), publié sur Citizen Jazz : il brosse le portrait d’une musique à la fois extrêmement vivante et un peu sinistrée, où les expérimentations sont tolérées mais pas franchement bienvenues, où les standards le disputent à la musique traditionnelle locale, et où les rares qui inventent leur chemin songent à déménager… Difficile, dans un pays où la fréquentation des lieux de culture est loin d’être aussi évidente qu’en France, de défendre des musiques inclassables. Ainsi, les quelques perles que nous avons dénichées sont pour la plupart installées à l’étranger : le saxophoniste İlhan Erşahin, le chanteur poly-instrumentiste arménien Arto Tunçboyacıyan, le guitariste de free jazz Umut Çağlar ou encore le clarinettiste et performer Oğuz Büyükberber. Pourtant, dans chacune des musiques de ces artistes, aussi différentes soient-elles, on retrouve une sonorité orientale faite de mélange à la turque — car, malgré ce que (se) racontent les Turcs, leur pays est sans doute l’un des plus mélangés au monde. L’ « identité turque » n’existe que grâce à ses multiples composantes, des Arméniens aux Grecs en passant par les Kurdes et les Syriaques. Mais le temps de l’assassinat d’un Hrant Dink n’est pas si loin, comme en témoigne la violence de l’accueil de la chanteuse kurde Aynur Doğan par les spectateurs à l’Istanbul Jazz Festival

Arto Tunçboyacıyan © Alix de Cazotte

En attendant d’explorer de nouveaux chemins de traverse turcs, voici quelques endroits où fureter.

Le blog de Jean-Jacques Birgé, collaborateur occasionnel de Citizen Jazz, regorge de trésors inexplorés, tels que cette musique de film inédite, enregistrée en 2000 avec Philippe Deschepper (guitare), Yves Robert (trombone) et Eric Echampard (batterie — aperçu la semaine dernière au Studio de l’Ermitage au sein du très beau trio On Air du pianiste Benjamin Moussay avec Arnault Cuisinier à la contrebasse). Birgé est lui-même au synthétiseur et à la flûte. Son dernier billet, « Après le disque / Lettre ouverte à la presse papier » se demande pourquoi la presse papier spécialisée ignore aussi ostensiblement les enregistrements numériques disponibles sur internet, souvent gratuitement, alors que l’édition est reconnue depuis longtemps (avec notamment publie.net). On pourrait en rajouter une couche en se demandant pourquoi les supports papier en général (comme la communication des artistes et des labels) rechignent (certes de moins en moins) à prêter attention au support numérique, comme si le papier apportait une caution inexplicable à la qualité des écrits qu’il accueille, au regard des nombreux « oublis » dont ils font preuve. Gageons que cette tendance s’atténuera au fur et à mesure… Pour ce qui est de la musique improvisée, outre les œuvres de Jean-Jacques Birgé, vous pouvez jeter une oreille du côté du label Sans bruit, dont le catalogue est aussi exigeant qu’immatériel.

Un autre label, matériel celui-là, bricole avec du papier et des ciseaux : il s’agit de Carton, qui comprend deux branches : la série Croix-Croix, « XP, noise et toutes les choses que ma mère n’écouterait pas du tout » et la série Bâton, « rock, pop, folk et les musiques que ma mère qualifierait de trop fortes, mais lui rappelant sa jeunesse ». On y croise Jeanne Added (solo et trio), Irène, Lunatic Toys, OK… bref toutes formations défricheuses et vivantes (morceaux disponibles en écoute sur le site). Récemment, on en a entendu un échantillon au festival vendéen Vague de Jazz, dont le compte rendu est paru aujourd’hui sur Citizen Jazz, aux côtés de musiciens aussi formidables que Joëlle Léandre, Vincent Courtois, Alexandra Grimal ou encore Thomas de Pourquery.

Enfin, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil à mon blog consacré au théâtre, Jetées, renfloué ces derniers temps avec la polémique Castellucci et le coup de poing Pascal Rambert, sans oublier la colonne de droite de blog-ci, où sont annoncés quelques concerts dignes de ce nom. Bonne semaine !

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Le Sunside fêtait le 31 mai les deux ans du label Sans bruit, label inodore entièrement virtuel : l’auditeur télécharge morceaux et pochettes directement sur le site ; il n’existe pas de support matériel pour la musique. L’occasion de découvrir pour trois fois rien quelques trésors…

Un solo de piano d’abord. Stéphan Oliva, après les Ghosts of Bernard Herrmann (Sketch), joue ce soir les Lives of Bernard Herrmann : toutes pièces composées pour le cinéma, de Truffaut à Hitchcock en passant par Mankiewicz. On entend ici et là la scène de la douche, l’escalier vertigineux de Vertigo et autres refrains mythiques passés à la moulinette de l’improvisation, de la transition, du noir et blanc. Si la prestation est emplie de contrastes et marquée par une science du silence remarquable, il manque cependant une certaine densité orchestrale inatteignable au piano qui donne envie de revoir un ou deux classiques.

Ce sont ensuite Sophia Domancich au piano et Raphaël Marc aux effets sonores qui se sont produits ; puis Pascal Maupeu à la guitare solo. Une soirée tout en sobriété poétique, à l’image du label, Sans bruit.

À lire : la chronique de Lilienmund sur Citizen Jazz.

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