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Posts Tagged ‘François Raulin’

Il est samedi, 15 heures. Entre le déjeuner et le goûter, les enfants descendent les escaliers de la Cité de la Musique vers l’amphithéâtre. En passant, ils regardent la fresque de noms qui recouvre un mur entier, seul reste de l’exposition sur Miles Davis qui a eu lieu l’année dernière : ce sont ceux des musiciens qui ont fait le jazz du XXème siècle. Certains sont accompagnés d’une signature ; la plus « vieille » est celle de René Urtreger. Ça piaille, ça piaille dans la salle. Mais dès que le noir se fait, le silence suit.

Sur la scène, deux pianos à queue se font face et s’emboîtent. Stephan Oliva et François Raulin s’y installent. Little Nemo est une de leurs nombreuses collaborations (voir not. article ci-dessous) : ils ont écrit une partition pour quelques planches choisies de la bande dessinée Little Nemo, Adventures in Slumberland, les tribulations fantastiques d’un petit garçon qui se soldent immanquablement par un réveil douloureux. Derrière eux se dresse un grand écran, devant eux apparaît le reste du Slumberland Band : Laurent Dehors (clarinettes), Christophe Monniot (saxophones) et Sébastien Boisseau (contrebasse). Sérieux, ils laissent néanmoins filtrer un léger sourire.

Pour les enfants, ce sera la version courte. Pendant un peu plus d’une heure défilent à l’écran les belles images de Little Nemo. Le petit garçon escalade un immeuble, rencontre une princesse, se fait enlever par un ogre, croise le chemin de toutes sortes de créatures aussi monstrueuses que rigolotes. Travaillées, les images bougent à présent. Une fanfare passe, une montgolfière vole. Chaque fois, on retient son souffle. Chaque fois, il se réveille. L’histoire est choisie, parfois répétitive, morcelée. Les personnages partent et reviennent, les objets donnent leur avis. La musique, elle, est merveilleuse.

Tandis que les coulées de piano donnent la cadence, les soufflants s’amusent. Laurent Dehors fait la voix des animaux, Christophe Monniot celle des humains. Ou l’inverse. Chaudes improvisations, échanges rapides, l’orchestre fait se mouvoir les images. Il faudrait pouvoir réécouter cette musique qui passe par toutes les humeurs. Inquiétante, joyeuse ou drôle, elle crée l’image comme l’image la crée.

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À l’occasion de la sortie prochaine (novembre 2010) du sixième disque du trio de Jean-Philippe Viret, visite guidée d’un label inventif.

À votre gauche, les ombres d’Edouard Ferlet (piano), co-fondateur du label, Airelle Besson (trompette, voix), Alexandra Grimal (saxophones, voix) et Fabrice Moreau (batterie, voix). Tous les quatre ont mis la main à la pâte pour les compositions, enregistrées en studio dans une même pièce (et non en isolant les musiciens) et une même énergie. De fait, le disque donne une impression de mouvement perpétuel et d’articulation fluide. On pourrait filer la facile métaphore de l’eau ici : la musique coule des mains du pianiste à celles de la trompettiste avec une étonnante souplesse. Voilà le dénominateur commun du label Melisse : la souplesse.

Pas d’accroches, pas d’aspérités, aucune rudesse. Aucun relief, me direz-vous ?! Si, et c’est précisément là toute la ligne Melisse. Le propos est clair, cousu, total, mais jamais délité, aplani ou sans saveur. Filigrane offre à la fois une grande douceur mélodique et une profondeur de champ née d’un dialogue à quatre voix, le tout marié à une sensibilité contemporaine (Dutilleux). Voici le lien vers la vidéo, réalisée par Arte Live Web, de leur concert au Parc floral le 19 juin 2010.

C’est la même richesse qui habite le trio de Jean-Philippe Viret (contrebasse) – dont on a déjà parlé ici. Les coulées s’y font plus denses, plus rapides, mais on y décèle la même douce fluidité que dans le précédent, aussi attend-on le prochain album avec impatience.

Restons dans les ombres avec ce revival du piano jazz d’Harlem conduit par Stephan Oliva et François Raulin, tous deux pianistes. Souplesse, toujours, et gaieté, danse, chant. Le casting est complètement différent : Laurent Dehors (clarinette, clarinette, clarinette Basse, clarinette contrebasse), Christophe Monniot (saxophones : sopranino, alto, baryton) et Sebastien Boisseau (contrebasse). On quitte l’inspiration classique pour s’aventurer vers celle du New Orleans et de la fanfare. Mais, loin de n’être qu’une redite, Echoes of Spring malaxe le piano d’Harlem pour en faire un pot pourri très moderne : les solos de clarinettes sont ébouriffants, les pianos passent insensiblement du boogie à des improvisations qui frisent la mélancolie… Là encore tout est mouvement, rien n’est immobile, tout change et s’échange. C’est le printemps.

Dans un tout autre registre, stevecolemanien celui-là, signalons Benzine de Franck Vaillant (batterie), avec Soobin Park • chant, changgo, kwaenggwari, Guillaume Orti • sax alto, C-melody sax, Ms-20, Jozef Dumoulin • piano , Fender Rhodes, et Jean Luc Lehr • basse électrique, contrebasse : un mélange de chant coréen et de jazz jazzeux. Citizen Jazz en a publié un compte rendu de concert .

Restons dans ce musée musical encore quelques instants en compagnie de Dreamseekers.

Le violoniste Frédéric Norel est aux commandes d’une complainte automnale, appuyé par les saxophones d’Alexandra Grimal, les clarinettes de Jean-Marc Foltz et les claviers de Benjamin Moussay. Arnault Cuisinier à la contrebasse, qui participe par ailleurs au trio de Moussay avec Eric Echampard, complète le quintet – exempt de batterie. Cette absence se ressent très fort : la musique est empreinte de lyrisme classique, parfois électronique grâce aux couleurs des claviers. L’ensemble est assez épuré, on va droit à la mélodie, on suit le violon, toujours présent. Pas de jazz jazzeux ici, mais une inspiration contemporaine à l’image du premier disque de la visite, propice à la mélancolie poétique – une magnifique mélancolie.

Sur les onze albums édités par Melisse music, on trouve aussi Plumes et L’Echarpe d’Iris d’Edouard Ferlet, ou encore Post Jazz d’Issam Krimi, pour ne citer qu’eux. Tous ont en commun de ne pas se poser, mais de demeurer en mouvement, avec souplesse.

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