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Producteur, fondateur du label Nato, « artisant-combattant de la musique », Jean Rochard est interrogé par mail (puisqu’il est maintenant installé à Minneapolis) par Francis Marmande dans le deuxième numéro du journal mensuel L’Impossible, créé par Michel Butel, vingt ans après la disparition de L’Autre journal.

Réflexions, tribunes, histoires, photographies, drôleries, paroles sages, dessins, anecdotes ou encore correspondances, L’Impossible donne la parole à toutes les formes, du moment qu’elles sont intelligentes, critiques, ouvertes, dans un magazine sur papier journal sans publicité ni rubriques. Le mois dernier, dans le premier numéro, Francis Marmande interviewait le chef d’orchestre, percussionniste et activiste Diego Masson, fils d’André Masson. Dans celui-ci, c’est Jean Rochard qui répond à ses questions. Jean Rochard, que l’on aperçoit à tous les concerts Nato, d’Ill Chemistry à Lol Coxhill, parce que les musiques qu’il produit, il les écoute avant tout. Jean Rochard, dont François Corneloup dit sans hésiter qu’il est le cinquième membre d’Ursus Minor, ce groupe de jazz/rap/funk fabuleux avec qui on a discuté ici voici quelques semaines. Jean Rochard, qui défait les préjugés comme on défait une écharpe mal tricotée. « Je me souviens d’un article dans un fanzine libertaire de Minneapolis qui avertissait du fait que la candidature possible de Sarkozy (à l’époque pas ouvertement déclarée) conduirait immanquablement à une américanisation culturelle de la France. […] De France, on a toujours l’impression que les Etats-Unis se résument à une histoire politique de deux partis et à une certaine inculture. Quelle arrogance approximative lorsque par exemple le mouvement Occupy y est souvent plus vigoureux qu’ailleurs ! Il faut se rappeler que le mouvement ouvrier anarchiste, socialiste, marxiste y fut souvent plus fort qu’en Europe à la fin du XIXè siècle jusqu’à la crise de 1929, et très violemment réprimée. »

De la même manière, haro sur le récent projet élyséen du Centre national de la musique, contre lequel on peut signer la pétition ici, nouvelle façade pour assujettir les artistes aux logiques commerciales les plus libéralo-populistes sous prétexte de créer un organe de pouvoir réservée à « la musique » — mais laquelle ? « On ne parle plus de musique, mais de filière musicale, il y a les musiques savantes et les musiques populaires, il y a des artistes émergents. Il n’y a plus de rap, de rock, de funk, etc. mais des musiques actuelles, les tenants du jazz s’interrogent pour savoir si le jazz peut ou doit rentrer dans la catégorie des musiques actuelles ! […] C’est infernal ! Déjà l’expression spectacle vivant est passée dans les mœurs. Il s’oppose à quoi ? Spectacle mort ? » Le plus triste étant que certains des musiciens qui devraient compter parmi les plus « vivants » se rallient aux expressions mortes et aux projets aliénants tels que celui du CNM, sans parler des Etats généraux du jazz auxquels Frédéric Mitterand a bien voulu prêter une oreille aussi électoraliste qu’hypocrite. Alors que la musique est, par définition, mouvement.

Rédacteur, photographe, musicien lui-même mais surtout accompagnateur de toutes les musiques, Jean Rochard parle davantage politique que musique, puisque les deux sont inséparables. « La musique me plaît parce qu’elle a ses liens, son sens. » Faire de la politique en faisant de la musique, détruire les préjugés, aller contre le conformisme, écrire une histoire en faisant de la musique, tel est peut-être aussi le projet de tous les artistes Nato, mais aussi plus largement de tous les artistes défendus dans ces pages. Car, comme Jean Rochard « [fait] aussi des disques parce que beaucoup de disques, il y a longtemps, [l]’ont aidé à vivre », je défends et écris sur la musique parce que la musique, aujourd’hui, m’aide à vivre.

– Le blog de Jean Rochard.

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