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Archive for the ‘Comptes rendus’ Category

Punk rock improvisé éthiopien à la Gaîté lyrique avec The Ex et le saxophoniste des Éthiopiques, Getatchew Mekuria.

N’était la façade, on oublierait que la Gaîté lyrique a longtemps été un théâtre spécialisé dans les opérettes, tant son relooking par la mairie de Delanoë en 2011 a été efficace : intérieur immaculé, personnel nombreux, billet d’entrée rose accompagné de son bracelet plastifié (on risquerait de perdre le billet sans doute), verres consignés au bar et buffet bio. Évidemment, les sacs sont vérifiés à l’entrée et le sas fumeur est sous contrôle. Expositions, performances, concerts… la Gaîté lyrique accueille désormais les arts numériques et les musiques actuelles (que signifient vraiment ces deux formules, d’ailleurs ?), et c’est sous ce label chantant que le groupe de punk improvisé The Ex s’y est produit le 10 juillet 2012 aux côtés d’un petit ensemble de cuivres, du saxophoniste éthiopien Getatchew Mekuria et du danseur Melaku Belay.

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Finalement, on a fini par y arriver.

Sur Citizen Jazz ce matin moult chroniques intéressantes : le solo du pianiste Or Solomon ; le quartet américain d’Alexandra Grimal sur Ayler Records, une interview passionnante de la même saxophoniste ; Bitter Sweets, le duo Elise Caron/Edward Perraud chez Quark Records… Un compte rendu collectif du concert d’Albert Marcœur et du Quatuor Bela à l’Atelier du Plateau, et un autre compte rendu du Magnetic Ensemble d’Antonin Leymarie, dont voici les première lignes.

Le dernier concert de la saison à l’Atelier du Plateau, qui a eu lieu le 16 juin 2012, était aussi le dernier de la résidence du batteur Antonin Leymarie, qui profite de la liberté et de la confiance données par le lieu pour explorer des terrains nouveaux, totalement en décalage avec l’attente que l’on pourrait avoir de la part de musiciens venant du jazz. Alors que le premier des trois concerts développait un rock planant et imagé, le dernier se proposait de briser la digue scène/salle grâce à de la transe minimale. Et l’Atelier du Plateau de se transformer en boîte de nuit.

Au départ, tout est normal. La salle est bondée, les instruments au centre : un piano, une batterie, un vibraphone et deux sets de percussions face à face, un clavier et une table avec micro. Drôle d’instrumentation tout de même. Antonin Leymarie (Impérial Quartet, Surnatural Orchestra) a invité, respectivement : Fabrizio Rat (Jukebox), Benjamin Flament (Radiation 10, Alphabet), Sylvain Lemêtre (Surnatural Orchestra, La Soustraction des Fleurs), Arnaud Roulin (Supersonic, Poni Hoax), Thomas de Pourquery (Supersonic, DPZ) et la chanteuse Jeanne Added (Linnake, Yes Is A Pleasant Country) sur quelques morceaux. C’est bientôt l’été, personne n’est pressé et la musique s’élève doucement au-dessus du brouhaha alors que l’on n’est pas encore installé. Vite vite, une place, un siège, un bout de tabouret, de béton ou d’escalier. Les retardataires ne savent pas où se mettre, c’est trop serré. Et le silence se fait.

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Producteur, fondateur du label Nato, « artisant-combattant de la musique », Jean Rochard est interrogé par mail (puisqu’il est maintenant installé à Minneapolis) par Francis Marmande dans le deuxième numéro du journal mensuel L’Impossible, créé par Michel Butel, vingt ans après la disparition de L’Autre journal.

Réflexions, tribunes, histoires, photographies, drôleries, paroles sages, dessins, anecdotes ou encore correspondances, L’Impossible donne la parole à toutes les formes, du moment qu’elles sont intelligentes, critiques, ouvertes, dans un magazine sur papier journal sans publicité ni rubriques. Le mois dernier, dans le premier numéro, Francis Marmande interviewait le chef d’orchestre, percussionniste et activiste Diego Masson, fils d’André Masson. Dans celui-ci, c’est Jean Rochard qui répond à ses questions. Jean Rochard, que l’on aperçoit à tous les concerts Nato, d’Ill Chemistry à Lol Coxhill, parce que les musiques qu’il produit, il les écoute avant tout. Jean Rochard, dont François Corneloup dit sans hésiter qu’il est le cinquième membre d’Ursus Minor, ce groupe de jazz/rap/funk fabuleux avec qui on a discuté ici voici quelques semaines. Jean Rochard, qui défait les préjugés comme on défait une écharpe mal tricotée. « Je me souviens d’un article dans un fanzine libertaire de Minneapolis qui avertissait du fait que la candidature possible de Sarkozy (à l’époque pas ouvertement déclarée) conduirait immanquablement à une américanisation culturelle de la France. […] De France, on a toujours l’impression que les Etats-Unis se résument à une histoire politique de deux partis et à une certaine inculture. Quelle arrogance approximative lorsque par exemple le mouvement Occupy y est souvent plus vigoureux qu’ailleurs ! Il faut se rappeler que le mouvement ouvrier anarchiste, socialiste, marxiste y fut souvent plus fort qu’en Europe à la fin du XIXè siècle jusqu’à la crise de 1929, et très violemment réprimée. »

De la même manière, haro sur le récent projet élyséen du Centre national de la musique, contre lequel on peut signer la pétition ici, nouvelle façade pour assujettir les artistes aux logiques commerciales les plus libéralo-populistes sous prétexte de créer un organe de pouvoir réservée à « la musique » — mais laquelle ? « On ne parle plus de musique, mais de filière musicale, il y a les musiques savantes et les musiques populaires, il y a des artistes émergents. Il n’y a plus de rap, de rock, de funk, etc. mais des musiques actuelles, les tenants du jazz s’interrogent pour savoir si le jazz peut ou doit rentrer dans la catégorie des musiques actuelles ! […] C’est infernal ! Déjà l’expression spectacle vivant est passée dans les mœurs. Il s’oppose à quoi ? Spectacle mort ? » Le plus triste étant que certains des musiciens qui devraient compter parmi les plus « vivants » se rallient aux expressions mortes et aux projets aliénants tels que celui du CNM, sans parler des Etats généraux du jazz auxquels Frédéric Mitterand a bien voulu prêter une oreille aussi électoraliste qu’hypocrite. Alors que la musique est, par définition, mouvement.

Rédacteur, photographe, musicien lui-même mais surtout accompagnateur de toutes les musiques, Jean Rochard parle davantage politique que musique, puisque les deux sont inséparables. « La musique me plaît parce qu’elle a ses liens, son sens. » Faire de la politique en faisant de la musique, détruire les préjugés, aller contre le conformisme, écrire une histoire en faisant de la musique, tel est peut-être aussi le projet de tous les artistes Nato, mais aussi plus largement de tous les artistes défendus dans ces pages. Car, comme Jean Rochard « [fait] aussi des disques parce que beaucoup de disques, il y a longtemps, [l]’ont aidé à vivre », je défends et écris sur la musique parce que la musique, aujourd’hui, m’aide à vivre.

– Le blog de Jean Rochard.

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Masada String Trio + Mycale + Banquet of the Spirits play Masada ou John Zorn sans John Zorn

Aïe aïe aïe il est déjà 8h moins dix, le concert commence à la demi et évidemment j’habite à l’autre bout de Paris. J’attrape un bout de fromage et me précipite dans le métro direction Bobigny, la banlieue nord du neuf trois avec des gens extrêmement dangereux dedans. Ce qui paraît dangereux une fois sortie c’est surtout ce qu’il y a dans la tête des décideurs politiques et des urbanistes quand ils décident en toute conscience de mettre une voie rapide en plein milieu d’une ville, de faire finir un tram au milieu de nulle part ou d’installer des trottoirs seulement après avoir installé les voitures sur des voies inaccueillantes au possible. Quand on marche en direction du théâtre MC93, on a l’impression de longer une aire d’autoroute. Et je ne vous parle même pas de la continuité du tissu urbain entre Paris ou Bobigny, ou comment dissuader et les uns et les autres de circuler de part et d’autre d’une frontière dont on a tout fait pour la rendre infranchissable. Sur ce, j’ai un quart d’heure de retard.

Masada String trio

Le MC93 est au 1, boulevard Lénine, juste après l’avenue Maurice Thorez, dans un renfoncement pavé bordé d’arbres mignons. Dans le neuf trois, on a plein d’argent pour construire des salles de spectacle, du coup toutes les moches villes ont la culture à portée de main, c’est merveilleux. Sauf qu’il n’y a pas probablement pas beaucoup de Balbyniens dans la salle ce soir — c’est un sujet qui mériterait enquête : y a-t-il un public autochtone pour de tels festivals ? Banlieues Bleues fait un vrai travail de sensibilisation, mais pour quel résultat ? À l’entrée tracteurs et tracteuses ouvrent la voie : c’est bientôt l’heure du festival La Voix est libre aux Bouffes du Nord (10-12 mai), mais aussi du duo Noémi Boutin/Marc Ducret (27 avril) et de la rencontre Quatuor Béla/Albert Marcœur (27 mai) à l’Atelier du Plateau. Le concert a déjà commencé, aussi me demande-t-on de rentrer dans la salle par le deuxième étage : elle est pleine. Et tout en bas, sur une grande et belle scène, un trio qui paraît tout petit : Mark Feldman est au violon, Erik Friedlander au violoncelle et Greg Cohen à la contrebasse.

Le Masada String trio, comme les deux formations suivantes, jouent les compositions de John Zorn en se les appropriant. Pas question ici d’être bon élève, les morceaux ont été lâchés dans la nature, maintenant, à eux de les tordre, de les couper en tranches, de les saucissonner, d’autant plus que le chef d’orchestre n’est pas là ce soir. Le problème quand on arrive précipitamment du boulot au concert, c’est de rentrer dedans. Là, j’ai besoin de balades et de promenades musicales pour m’apaiser et me sortir de ma journée ; le Masada String trio m’en donnera une. Ce n’est pas suffisant. Et encore, ceux qui ont écouté les premiers morceaux se sont pris du gros free en pleine tronche, une introduction qui rappelle un peu la méthode zornienne à Marciac : vingt minutes de folie pour vider la salle de ceux qui ne savent pas ce qu’ils sont venus voir, et ensuite on peut commencer les choses sérieuses. À Banlieues Bleues ce serait plutôt le contraire : les gens ne cessent d’arriver et de trébucher dans le noir sur les pieds de ceux qui étaient à l’heure. Pardon. Ça s’installe maladroitement et ça écoute. Mark Feldman est fidèle à lui-même : il arrive toujours à faire en sorte qu’on se demande à un moment ou à un autre comment il sort ces sons de son violon. Grâce au vaudou peut-être ? Pourtant, pas beaucoup d’expérimentations barrées du côté de ce trio ce soir : des mélodies très « zorn », qui me donnent pour la première fois une sensation de déjà entendu… C’est beau mais c’est un peu loin.

Mycale

Alors à la pause je me rapproche. Et je fais bien. Le quatuor lyrique Mycale me lave de mon cerveau et me permet enfin de descendre d’un étage pour respirer un peu. De gauche à droite : Brooklyn, Israël, France et Maroc, Argentine. Ayelet Rose Gottlieb, Basya Schechter, Malika Zarra et Sofia Rei Koutsouvitis se distribuent une partition a cappella qui fonctionne par superpositions, où polyrythmie et contrepoints amènent de la profondeur. Bon, mais quand on a dit ça, en fin de compte, on n’a pas dit grand chose. Le souffle : voilà ce que je retiens de cette partie. Le leur, et le mien. Son passage, sa circulation, qui allège chacune, et donc l’ensemble — et quand je dis l’ensemble, j’entends scène et salle. Une parole partagée à la fois singulière et commune : de l’hébreu, de l’espagnol, des onomatopées, des bruits, du rythme. De la difficulté de la performance aussi, et de la satisfaction de l’avoir accomplie. Ou de la joie, juste de la joie. Quand, comme chez Paul Claudel, « de la parole du poète il ne reste plus que le souffle » (Cent phrases pour éventails).

La pause est courte, les lumières ne se rallument même pas avant l’entrée du plat de résistance, le très attendu banquet des esprits. Non mais rien qu’à la lecture du nom du groupe, on se dit que son initiateur doit être un peu barjo. En fait non, il ne l’est pas un peu, il l’est énormément. Membre de The Dreamers, le percussionniste Cyro Baptista a réuni Brian Marsella aux claviers, Shanir Blumenkranz à la basse et au oud et Tim Keiper à la batterie, ou, comme l’a si bien formulé ma voisine, « Tony Williams dans le corps des frères Hanson » (debout sur la photo ci-dessous). Pour un banquet, c’est un banquet. On en a à bouffer. Les premières notes forment une tempête qui fait table rase de ce qui a précédé : place à la fête. Cyro Baptista, un énorme chapeau à poils vissé sur le crâne, a l’air de disposer d’un réservoir inépuisable d’objets en tout genre pour utilisations diverses, incluant le fait de faire l’hélicoptère. Shanir Blumenkranz, dont je n’avais jamais entendu parler, est bluffant : déjà, il joue de la contrebasse, de la basse et du oud, rien que ça (contrebasse qu’il prêtera à Greg Cohen pour le rappel). Ensuite, de loin, il a l’air placide et calme des bassistes qui groovent à mort, comme si de rien n’était (comme par exemple Jean-Luc Lehr). Le groupe donne l’impression d’avoir fait plus que de s’approprier les compositions de John Zorn : de les avoir réinventées. Du coup, ce ne sont pas des interprètes qui jouent devant nous, mais des créateurs d’un judéo-free rock jouissif qui allie intelligence musicale et folie furieuse.

Banquet of the Spirits

En fait de marathon, ce sont deux heures seulement qui clôturent le festival Banlieues Bleues. Malgré les nombreux applaudissement, hurlements et autres tapements de pieds, nous n’avons pas droit à un rappel digne de ce nom. Tout cela est passé très vite, et aurait mérité d’être un peu plus aéré, d’autant que la musique le méritait. Paradoxalement, alors que ce concert n’était pas un concert de John Zorn (et tant mieux !), il m’a fait pour la première fois toucher du doigt le nerf de sa musique : quelque chose de très contradictoire, à la fois généreux et obsessionnel, déluré mais certainement pas hasardeux.

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“L’homme est sur la bonne route, mais dans la mauvaise direction.” Sun Ra

Un enfant perdu dans la foule ne voit que des genoux et des volants de jupe, il y a des collants en dessous tout de même, nous sommes en novembre, le 25 exactement, les manteaux s’amoncellent sur les dossiers de chaises, quelques écharpes traînent par terre en attente de leur propriétaire, il s’en prend une dans les pieds mais son père qui l’a rattrapé ne le remarque pas et l’entraîne à sa suite au travers du bal de gambettes plus ou moins couvertes, son poignet est cassé sous la pression quand soudain la pression se relâche il lève la tête une femme le regarde et lui sourit dans les yeux de celle-ci il y a de la tristesse d’habitude c’est plutôt du dégoût déguisé en tendresse, son manteau lui a échappé des mains du coup Fais attention, lui dit son père avant de sortir son appareil photo Mon papa il photographie la musique, mais à l’école on ne le croit pas, Mais c’est pas possible de photographier la musique ! Si, j’vous jure ! alors il abandonne pendant que les gens autour de lui se taisent c’est le signal que lui non plus n’a plus le droit de faire du bruit, mais ça ce n’est pas un problème, il ne fait jamais de bruit, peut-être parce qu’il n’y a pas de place pour lui et la musique

Supersonic le 25 novembre au Studio de l’Ermitage, Paris
Thomas de Pourquery Saxophones alto, soprano, chant, compositions
Laurent Bardainne Saxophone ténor (remplacé ce jour par Daniel Zimmerman trombone)
Fabrice Martinez Trompette
Arnaud Roulin Claviers
Fred Galiay Basse
Edward Perraud Batterie

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Des turqueries, du support numérique, des labels qui bricolent et un peu de théâtre.

Alors que paraît aujourd’hui le premier épisode de la mini-série consacrée à la campagne du Front de gauche, vous vous demandez certainement où en est la mini-série qui nous occupe ici, à savoir Jazz in Istanbul. Pas de panique ! Quelque peu ralentie par des événements extérieurs superflus tels que travail-travail-travail-nauséedelaturquiemaisçavapasser-travail-travail, elle arrive.

Le dossier des Chroniques stambouliotes est, lui (sigh), publié sur Citizen Jazz : il brosse le portrait d’une musique à la fois extrêmement vivante et un peu sinistrée, où les expérimentations sont tolérées mais pas franchement bienvenues, où les standards le disputent à la musique traditionnelle locale, et où les rares qui inventent leur chemin songent à déménager… Difficile, dans un pays où la fréquentation des lieux de culture est loin d’être aussi évidente qu’en France, de défendre des musiques inclassables. Ainsi, les quelques perles que nous avons dénichées sont pour la plupart installées à l’étranger : le saxophoniste İlhan Erşahin, le chanteur poly-instrumentiste arménien Arto Tunçboyacıyan, le guitariste de free jazz Umut Çağlar ou encore le clarinettiste et performer Oğuz Büyükberber. Pourtant, dans chacune des musiques de ces artistes, aussi différentes soient-elles, on retrouve une sonorité orientale faite de mélange à la turque — car, malgré ce que (se) racontent les Turcs, leur pays est sans doute l’un des plus mélangés au monde. L’ « identité turque » n’existe que grâce à ses multiples composantes, des Arméniens aux Grecs en passant par les Kurdes et les Syriaques. Mais le temps de l’assassinat d’un Hrant Dink n’est pas si loin, comme en témoigne la violence de l’accueil de la chanteuse kurde Aynur Doğan par les spectateurs à l’Istanbul Jazz Festival

Arto Tunçboyacıyan © Alix de Cazotte

En attendant d’explorer de nouveaux chemins de traverse turcs, voici quelques endroits où fureter.

Le blog de Jean-Jacques Birgé, collaborateur occasionnel de Citizen Jazz, regorge de trésors inexplorés, tels que cette musique de film inédite, enregistrée en 2000 avec Philippe Deschepper (guitare), Yves Robert (trombone) et Eric Echampard (batterie — aperçu la semaine dernière au Studio de l’Ermitage au sein du très beau trio On Air du pianiste Benjamin Moussay avec Arnault Cuisinier à la contrebasse). Birgé est lui-même au synthétiseur et à la flûte. Son dernier billet, « Après le disque / Lettre ouverte à la presse papier » se demande pourquoi la presse papier spécialisée ignore aussi ostensiblement les enregistrements numériques disponibles sur internet, souvent gratuitement, alors que l’édition est reconnue depuis longtemps (avec notamment publie.net). On pourrait en rajouter une couche en se demandant pourquoi les supports papier en général (comme la communication des artistes et des labels) rechignent (certes de moins en moins) à prêter attention au support numérique, comme si le papier apportait une caution inexplicable à la qualité des écrits qu’il accueille, au regard des nombreux « oublis » dont ils font preuve. Gageons que cette tendance s’atténuera au fur et à mesure… Pour ce qui est de la musique improvisée, outre les œuvres de Jean-Jacques Birgé, vous pouvez jeter une oreille du côté du label Sans bruit, dont le catalogue est aussi exigeant qu’immatériel.

Un autre label, matériel celui-là, bricole avec du papier et des ciseaux : il s’agit de Carton, qui comprend deux branches : la série Croix-Croix, « XP, noise et toutes les choses que ma mère n’écouterait pas du tout » et la série Bâton, « rock, pop, folk et les musiques que ma mère qualifierait de trop fortes, mais lui rappelant sa jeunesse ». On y croise Jeanne Added (solo et trio), Irène, Lunatic Toys, OK… bref toutes formations défricheuses et vivantes (morceaux disponibles en écoute sur le site). Récemment, on en a entendu un échantillon au festival vendéen Vague de Jazz, dont le compte rendu est paru aujourd’hui sur Citizen Jazz, aux côtés de musiciens aussi formidables que Joëlle Léandre, Vincent Courtois, Alexandra Grimal ou encore Thomas de Pourquery.

Enfin, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil à mon blog consacré au théâtre, Jetées, renfloué ces derniers temps avec la polémique Castellucci et le coup de poing Pascal Rambert, sans oublier la colonne de droite de blog-ci, où sont annoncés quelques concerts dignes de ce nom. Bonne semaine !

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Dôme de Sainte-Sophie © Belette

Cliquer sur l’image pour lire le compte rendu de mes vacances : Chroniques stambouliotes – Jazz in Istanbul, en huit chapitres, à raison de deux par semaine pendant un mois, sur Citizen Jazz.

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Un solo de saxophone.

Une petite grande femme pieds nus sur un sol peint en blanc, bleu et gris, en robe couleur nuage. Sur une table, à côté de la carafe d’eau, un ténor et un soprano.

Alexandra Grimal se balance d’avant en arrière, accrochée au sol par les pieds — sinon elle s’envolerait. Quand elle regarde, c’est droit devant. Une petite fille rit au fond de la salle de l’Atelier du Plateau — cet endroit où les chaises sont pour enfants. Les saxophones d’Alexandra rient aussi.

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Le Point éphémère à Paris a accueilli mardi 3 mai un concert de soutien au festival La Voix est Libre : coupé sans prévenir d’une partie de ses subventions, celui-ci risque de disparaître. Très atypique dans le paysage artistique, ce festival, qui a lieu tous les ans aux Bouffes du Nord en mai, réunit musiciens, circassiens, comédiens, danseurs, improvisateurs, conteurs, écrivains, scientifiques, penseurs…, sur des plateaux délicieusement composites. Mardi dernier, quelques uns de ses invités ont Dansé Joué Parlé pour que La Voix reste Libre.

C’est ainsi que se sont succédés sur la scène étonnamment petite du Point Éphémère, en vrac, Marc Perrone, à la gouaille rigoleuse et à l’accordéon chantant malgré son fauteuil roulant, Elise Caron et Edward Perraud, duo créé l’année dernière au festival, Guylaine Cosseron et Cécile Duval, deux voix parlée/chantée, la saxophoniste Peter Corser au souffle continu et percussions, Lazare et ses histoires, Gaspard Claus au violoncelle, Jean-François Pauvros à la guitare, Dgiz, Fantazio, Pierre Lambla, Joëlle Léandre, Serge Teyssot-Gay… La scène se vide et se remplit à une allure sportive, les transitions ressemblent à de la gomme pour boucher les trous dans les vieux murs, à coup de voix mal assurées mais rigolotes, un peu trop courtes ou un peu trop longues, une bière c’est trop, une cigarette ce n’est pas assez, et puis ça reprend, dix minutes de solo de la grande l’immense l’immanquable Joëlle Léandre – sans ironie aucune, quinze de percussions soufflantes avec Peter Corser, puis sept de souffle continu mais de toute façon il était déjà rouge tellement il fait chaud. Le lyrisme du violoncelle de l’inclassable Gaspard Claus accompagne avec bonheur un Lazare survolté et hurlant la destinée de jeunes soeurs inventées sur le champ, Lazare qui vient d’ailleurs de prendre la place de Fantazio, sur un coup de chaud. Aucune importance, ce dernier revient en fanfare à la fin avec l’inénarrable slammeur et contrebassiste Dgiz, le saxophoniste Pierre Lambla, et j’en passe. Toutes les musiques ont pris la parole ce soir, un seul point commun : la diversité, la spontanéité, la catégoriclastie.

Les plateaux se font et se défont et forment des compositions aussi éphémères qu’explosives. Après un duo avec la magnifique l’étonnante la chanteuse Elise Caron tout en finesse, écoute, lyrisme, bruitisme et humour, on retrouve le batteur Edward Perraud en compagnie de Serge Teyssot-Gay (Noir Désir) à la basse et Jean-François Pauvros et Gaspard Claus, de retour eux aussi, pour une séance d’impro rock survoltée et saturée. Éphémère ? Pas toujours, au regard de toutes les formations initiées par La Voix est Libre qui sont devenues pérennes. C’est grâce à ce festival que l’on a pu entendre l’été dernier le quartet Nosfell – Edward Perraud – Médéric Collignon – Peter Corser sur l’île du Frioul dans la baie de Marseille – compte rendu ici. C’est aussi grâce à lui qu’on a pu assister aux superbes Corbeaux de Josef Nadj et Akosh S. – compte rendu ici.

Enfin, Les Bouffes du Nord, si elles ouvrent leurs portes à des artistes insolites, accueillent également des groupes reconnus depuis longtemps. Cette année, ce sont les Diaboliques qu’il ne faudra pas rater : Joëlle Léandre, Maggie Nicols (voix) et Irène Schweizer (piano) ont du talent à revendre. Côté théâtre et cirque, ne pas rater non plus, le même soir, Jeanne Mordoj, qui avait enchanté le Théâtre de la Bastille il y a deux ans avec un spectacle écrit avec Pierre Meunier, lui aussi invité au festival, Eloge du Poil. Avec boules de feu et boules de gomme, elle avait raconté la difficulté d’être une femme… à barbe. Quelle sera la surprise, cette fois-ci ?

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C’est un dimanche soir, dans un bar d’une petite rue du XIXè arrondissement de Paris, qu’on a fêté la naissance de Carton Records : Des disques en carton, une musique en béton.

L’Espace B est plus grand qu’on ne le croit : après le bar, on s’aventure dans un sombre couloir pour atterrir dans une salle de concert insoupçonnée. Sur le comptoir, un saladier de punch. Au fond, quelques fatigués par les gouttes de pluie du week-end sont affalés sur un canapé défoncé. À leur gauche, une table de mixage. De l’autre côté, la scène : un micro, une guitare, et deux batteries.

C’est le groupe OK qui ouvre la danse. Guillaume Magne est à la guitare et au chant, Sébastien Brun et Jérémie Piazza aux batteries (le premier touche un peu les claviers aussi). Ça parle de « Maureen », la batteuse du Velvet Underground, ça parle des concepts que nous utilisons tous les jours, ça parle et on peut comprendre si on en a envie. On peut aussi ne pas se concentrer sur les paroles et laisser passer la musique dans notre corps en fermant les yeux et en se déhanchant légèrement. Puis les rouvrir pour admirer le duo de batteries, mélodique et savoureux. Ils n’en mettent pas partout, c’est bien agréable. Juste ce qu’il faut. Ils prennent soin de laisser de la place au guitariste chanteur qui est devant eux, bien en face de nous, et dont la voix tremble imperceptiblement pendant quelques secondes, parfois.

À la pause on nous apprend que le saladier de punch est un saladier de planteur, j’ai pas bien compris la différence, mais le barman avait l’air d’y tenir. On retrouve l’air frais, la pluie s’est arrêtée, le trottoir est bondé. Linnake, « forteresse » en finois, assure la deuxième partie : Jeanne Added (voix, basse), Julien Desprez (guitare) et Sébastien Brun (batterie) forment un trio aux réminiscences tribales, ni suffisamment lunaire pour être tout à fait psyché, ni suffisamment lent pour être du trip-hop. L’ensemble est entraînant mais contrasté et travaillé. Les ruptures de rythme et les sonorités expérimentales, à la guitare notamment, sont plus fréquentes sur les premières compositions (celles qui sont sur l’EP) que sur les plus récentes, qui sont davantage soutenues par de grandes montées en puissance. On se laisse bercer.

Bon alors, évidemment, tout ça, c’est du rock. Cépadujâze. M’enfin on va pas s’arrêter à un détail près.

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