C’est rigolo c’est rigolo tout le monde fait des listes alors moi aussi.
L’année 2012 a été une année de plus où on n’a fait que bosser sans gagner plus d’argent — voire ! sans gagner d’argent du tout. Alors comme on est docile et fainéant en même temps, on écoute de la musique en élaborant une métaphysique du froid à partir du frigo vide. Bientôt les premières conclusions.
Dans ma liste il y a (sans ordre de préférence) :

Nicolas Repac Black Box, avec des Noirs et des gens basanés qui chantent dans des langues qu’on comprend pas mais que c’est vachement beau, et que Nicolas Repac (qui est blanc) a repris tout ça et a rajouté des sons bizarres autour, derrière, par-dessus mais pas trop devant (enfin parfois si). L’autre jour j’ai entendu dire que quelqu’un avait dit que les chanteuses noires avaient une voix particulière à cause de leur palais, qui est paraît-il fait différemment de celui des Blanches. Moi je dis : chapeau ! Je veux bien aussi l’explication de pourquoi certaines musiques sont meilleures que d’autres, comme ça j’aurai plus besoin d’écrire de critiques, et je pourrai partir en vacances aux Bahamas. Bon sinon Black Box est un Élu Citizen Jazz (pour ceusses qui voudraient lire un vrai truc).

Ways Out, le quartet de Claude Tchamitchian avec Régis Huby, Rémi Charmasson et Christophe Marguet. Arménie + électrique (alors que d’habitude il fait plutôt de l’acoustique) + rock digéré menu menu = plat chaud tout nouveau, avec accompagnement de petites larmichettes mais pas trop. Nous sommes également en présence d’un Élu (de mon cœur) Citizen Jazz, cette fois-ci rédigé par quelqu’un d’autre que moi, avec une approche différente. Un peu d’air frais quoi. En gros un violon électrique + une contrebasse jouée à l’archet + une guitare électrique + une batterie très rythmique = un fondu sonore qui souffle tout sur son passage, avec des mélodies orientalisantes et un peu tristes. Mais qu’est-ce que vous voulez, on se refait pas.

Alphabet de Sylvain Rifflet, avec Joce Mienniel, Benjamin Flament et Philippe Giordani. Bon alors il n’y a rien à dire parce que tout a déjà été dit. Je considère que ce disque, et le suivant, renouvellent radicalement le langage improvisé en le mélangeant de manière inédite avec des éléments rock tels que le refrain, le jeu d’ensemble ou la rythmique, et que tout ce joyeux bordel est la musique de demain, c’est-à-dire en fait, si vous suivez bien, la musique d’aujourd’hui. Oui Madame ! J’en ai déjà parlé sur ce blog ici, et Citizen Jazz lui a également fait une déclaration amoureuse.

Paris Short Stories de Joce Mienniel (il s’appelle Jocelyn en fait) avec Eve Risser, Philippe Giordani, Sylvain Rifflet, Aymeric Avice, Vincent Lafont et Antonin Rayon. Pareil que le précédent, à ceci près que musicalement, ça n’a rien à voir. Alors que Alphabet travaille sur la constitution d’un son collectif de groupe, celui-ci, dans le son collectif, cherche l’état de grâce poétique dans la nuance et l’infime. Les aplats électroniques ne sont plus au service du rythme mais de la sensation. J’ai tout expliqué dans la chronique et l’entretien de Joce Mienniel pour le jazz citoyen, et, oh surprise, je lui ai, à lui aussi, à eux tous, déclaré ma flamme.

Bitter Sweets de Élise Caron et Edward Perraud, le duo chant/batterie le plus drôle, le plus excitant, le plus insolite, le plus bizarre, le plus free, le plus chantant, le plus rigolo, le plus émerveillé, le plus décalé, le plus énergique, le plus comique, le plus riche que vous ayez jamais entendu. C’est normal, on n’entend jamais de duo voix/batterie. Eh bien, c’est l’occasion ! Pour lire la vraie chronique, c’est là. Je ne saurais trop vous conseiller d’aller les voir et les écouter en concert, ils sont magiques. Et eux au moins ils font une pochette avec des couleurs chaudes et des vaches. Et ça c’est cool.
Évidemment, la première tentation pour une telle playlist, c’est d’aller chercher son terreau chez ECM. Attention, pas chez le ECM de Louis Sclavis, qui vient de sortir un sans aucun doute merveilleux Atlas trio (vidéo par
Ça c’était pour la tristesse collective, celle où on s’arrache les cheveux en hurlant avant de passer au supermarché acheter des œufs. Pour la déprime, rien de tel que de retourner en Occident, là où on est seul avec soi, et basta. Alors là, j’ai un petit quelque chose de derrière les fagots qui est parfait pour qui a décidé de ne pas sortir de son lit aujourd’hui : In Bern de Loren MazzaCane Connors (improvisateur tout terrain – guitare) et Jim O’Rourke (Sonic Youth – guitare). Le combo guitare/guitare fait des merveilles en termes de teint cadavérique et d’humeur massacrante. On admirera les paysages désertiques et mortifères, ainsi que les routes qui semblent ne jamais devoir se finir. Il y a les deux faces : celle où ça gratte et ça énerve (cordes pincées, normal quoi) et celle où ça se perd et ça se liquéfie (effets, nappes, etc), comme ça, si l’une vous laisse indifférent, l’autre est là pour vous atteindre en plein cœur, et vous ne retrouverez jamais votre chemin.
Le rock regorge de dépressifs, nul besoin de creuser plus avant. Neil Young et Nick Cave à eux seuls pourraient se faire jeter d’une falaise un troupeau de buffles un peu fragile. Récemment, dans le monde de la musique improvisée, Sophia Domancich a frappé fort avec Snakes and Ladders (Cristal Records) : un recueil de chansons jouées par des musiciens qui ont jalonné sa carrière et sa vie. La plupart des paroles sont des poèmes, parfois traduits en anglais, parfois laissés en français, de Jacqueline Cahen dans L’immédiat labile. Extraordinaire. D’une beauté saisissante. En concert, Sophia Domancich va et vient entre le piano et le micro, John Greaves entre le micro et un fauteuil dans le salon en fond de scène, Jef Morin fait les guitares, Raphaël Marc rajoute ses samples, Himiko Paganotti flotte au-dessus de tout ça avec une grâce époustouflante et Simon Goubert est toujours là. Plus triste, tu meurs.






La patate punk

Le p’tit dernier